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Déclin de la confiance envers les médias au Québec
Dans plusieurs sociétés démocratiques, la multiplication de sondages ne cesse de confirmer une chute de la confiance des citoyens envers les médias et les journalistes. Le Québec ne fait pas exception.
Une enquête approfondie sur la confiance envers les médias
La plupart des sondages se limitent à des questions très générales sur la confiance, une notion somme toute imprécise. Mais une vaste enquête réalisée en avril 2023 par moi-même et la collègue Marie-Ève Carignan, de l’Université de Sherbrooke, a recouru à une variable majeure à prendre en considération, soit l’affiliation partisane. Voici le rapport complet issu de cette recherche.
Nous avons utilisé des indicateurs reconnus, par le biais de 40 questions et propositions précises. Elle a été réalisée avec le panel en ligne Léger Opinion (LEO), auprès d’un échantillon représentatif de 1 598 Québécois et Québécoises.
Il est inédit au Québec, à ma connaissance, de considérer l’affiliation partisane comme facteur pertinent de l’évaluation des médias, chose pourtant coutumière aux États-Unis. Au Québec, on estime que le cadre financier des formations politiques, lors d’élections générales, permet de les situer sur l’axe idéologique gauche droite. C’est ainsi qu’on retrouve respectivement Québec Solidaire (QS), le Parti Québécois (PQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ), la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ).
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La confiance est une évaluation globale qu’on élabore sur la base de perceptions et d’expériences vécues directement ou rapportées par des tiers. Elle n’a pas la même signification pour chacun et chacune. C’est une notion polysémique. De là l’importance de se pencher sur certaines de ses composantes.
La méfiance chez les sympathisants du Parti conservateur
Quand il est question de médias d’information, la confiance comme la méfiance se manifestent surtout quant à la perception de l’indépendance et de la neutralité des journalistes. Cela est nettement plus visible chez les répondants qui affichent une préférence pour le PCQ. Par exemple, quand il est question de l’influence des préférences politiques des journalistes dans leur travail d’information, près de la moitié des gens s’identifiant au PCQ estiment que cela arrive souvent.
Méfiance envers l’influence politique et financière
Ce sont également eux qui estiment davantage que les journalistes ne résistent ni aux pressions de l’argent ni aux pressions des partis politiques et du pouvoir politique.
Méfiance envers les aides publiques et l’influence des annonceurs
C’est aussi à droite du spectre idéologique que se manifeste la méfiance envers les aides publiques accordées aux médias d’information. Ils sont suivis de loin par les gens s’identifiant à QS.
Les personnes sondées ne se font pas trop d’illusions quant à l’influence des annonceurs sur le travail journalistique, mais dans ce cas-ci, les gens s’identifiant à QS ne sont pas très loin de ceux du PCQ.
Méfiance envers les médias traditionnels et confiance dans les médias sociaux
La méfiance s’observe aussi dans la préférence déclarée envers les médias traditionnels ou les médias sociaux.
Convictions idéologiques et méfiance envers les médias
Il y a une corrélation entre l’intensité des convictions idéologiques et la méfiance envers les médias. Plus les convictions sont fortes, plus la méfiance envers les médias est présente.
Faut-il s’étonner de constater que les perceptions varient considérablement en fonction du positionnement idéologique quand vient le temps de se prononcer sur l’orientation idéologique des médias ?
Les raisons de la méfiance envers les médias
Pour mieux comprendre ce qui motive la méfiance envers les médias, l’affiliation partisane, avec ce qu’elle charrie de convictions idéologiques et normatives, est des plus pertinentes.
Par ailleurs, on présume trop souvent que la méfiance repose sur un manque de littératie des médias, et que combler cette méconnaissance serait « LA » solution. Or, s’il existe bien une méfiance basée sur l’ignorance ou des a priori idéologiques, il y a aussi une méfiance « éclairée ».
En effet, il est permis de croire que bon nombre de gens très familiers avec les journalistes sont loin de leur accorder une grande confiance. Bien souvent, ces acteurs expriment leurs doutes quant à la véracité ou l’indépendance des journalistes et des médias.
Le sondage a aussi révélé que certains répondants estimaient qu’il y avait trop de chroniques, que les journalistes n’étaient pas réceptifs à la critique, et qu’ils essayaient de cacher leurs erreurs. Ces facteurs ne favorisent ni la confiance ni la crédibilité.
Les convictions idéologiques déterminent la méfiance envers les médias
La méfiance envers les médias et leurs journalistes est nettement plus accentuée à droite du spectre idéologique qu’à gauche. C’est à droite qu’on fait le moins confiance à bon nombre d’acteurs et d’institutions.
Les répondants du centre gauche comme du centre droit, leur font davantage confiance, mais dans tous les cas, elle est fragile.
Il y aurait lieu d’explorer comment la confiance envers les médias et leurs journalistes varie, non seulement en fonction de l’affiliation partisane, mais aussi selon divers enjeux qui font réagir l’opinion publique.
Par ailleurs, une méthode qualitative permettrait de mieux comprendre les multiples raisons que mobilisent nos répondants. Cela pourrait expliquer les écarts qui existent surtout chez ceux s’identifiant au Parti conservateur, mais aussi, dans une moindre mesure chez ceux de Québec Solidaire.
Quand il est question de faire confiance aux médias et à leurs journalistes, ou de s’en méfier, on ne peut pas écarter l’hypothèse que l’intensité des convictions idéologiques, morales et politiques soit une variable déterminante.

