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Les mouvements de débrayages et de grèves de techniciens se multiplient sur certains tournages
Ce n’est pas la suite de la série Dix pour cent, c’est une revendication. Les techniciens de l’audiovisuel (monteurs, chefs opérateurs, preneurs de son…) exigent « 20 % en plus » sur leurs salaires. Mardi 19 décembre, trente-trois programmes ont été touchés par des grèves totales ou des débrayages (sur leur tournage ou leur postproduction), essentiellement des émissions de flux comme The Voice et Les 12 coups de midi, mais aussi de reportages tels que Sept à huit ainsi que des séries, parmi lesquelles Demain nous appartient, Plus belle la vie, Marie-Antoinette et Hippocrate. Pas de quoi bouleverser les antennes du PAF, mais une façon de montrer que le combat continue, plus d’un mois après le début de la mobilisation, et qu’il pourrait se durcir.
Ubérisation des métiers
Techniciens et réalisateurs constatent un durcissement des conditions de travail depuis plusieurs années : rythmes effrénés, heures supplémentaires non payées, droit du travail ignoré. Pour des rémunérations qui au mieux stagnent, contrairement à l’inflation. L’arrivée des plateformes a donné du boulot, mais aussi augmenté l’exigence des producteurs des chaînes classiques (Mediawan, Troisième Œil, France.tv Studio…), dont les budgets n’augmentent pas. Un processus classique d’ubérisation.
Après un discours sur des enceintes très bien réglées (gros niveau technique parmi les organisateurs), Laurent Blois, le délégué général du Spiac-CGT, a mené une petite délégation devant des représentants du CNC (1) et de la DGMIC (2), au ministère de la Culture. « Ils ont été sensibles aux questions de travail illégal, et ont mesuré à quel point notre colère était grande », rapporte-t-il. L’espoir, assez mince, est de voir les chaînes du service public mises sous pression. Sachant que les producteurs, qui font l’intermédiaire, prétextent souvent l’exigence des diffuseurs pour justifier les leurs.
Entamées il y a un peu plus d’un mois, les négociations entre techniciens et producteurs (3) sont rompues depuis la semaine dernière
Est-ce à dire que les producteurs ont gagné une première bataille ? « Jamais le flux ne s’était mobilisé ainsi », rappelle Laurent Blois. Nombreux sont les grévistes à le confirmer, faisant de cette phrase un slogan comme un autre : « En vingt ans de métier, on n’a jamais vu ça. » Historiquement divisés et fragilisés par leurs contrats courts, les techniciens de l’audiovisuel entament des rapprochements historiques, sous l’égide ou non d’un syndicat. Exemple : deux cents chefs opérateurs discutent sur un groupe de messagerie privée. Cent cinquante ont adhéré à la Spiac-CGT et une bonne partie vient d’entamer une « grève des piges » : ils n’acceptent aucune mission jusqu’à nouvel ordre. « Avoir constitué un collectif est déjà une victoire », témoigne l’un d’entre eux. Si rien ne bouge, ils réfléchissent à un « janvier noir », où l’action pourrait se déplacer sur des programmes retransmis en direct, tels que la Star academy. Histoire de prolonger Cauchemar en cuisine par des cauchemars en plateau.

