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La démission de Jocelyn Thibault : une surprise pour les employés de Hockey Québec
En se présentant au bureau jeudi matin, les employés de Hockey Québec ont été estomaqués d’apprendre que Jocelyn Thibault avait remis sa démission à titre de directeur général de la fédération.
Les raisons de son départ inattendu
La raison de ce départ inattendu est assez facile à résumer. Deux ans et demi après sa nomination, Thibault en a eu assez de se battre avec sa propre machine. Il tentait de moderniser cette vaste organisation, alors qu’il n’avait pas les pouvoirs nécessaires pour le faire et qu’un pourcentage appréciable des présidents régionaux se comportaient en roitelets et résistaient au changement.
J’ai rapidement compris que dans le rôle de DG à Hockey Québec, tu n’as pas tous les leviers nécessaires pour faire toutes les modifications qui s’imposent. Tu as l’impression d’être dans une chaloupe, sans rame, dans une mer très agitée. C’est un sentiment très particulier pour un gestionnaire.
Les conséquences pour le hockey québécois
À plusieurs égards, cette nouvelle est catastrophique pour le hockey québécois. D’abord, parce que la fédération perd un dirigeant de très haut niveau. Ensuite, parce que ce départ renforce l’idée, souvent véhiculée, que le sport national est devenu ingérable au Québec.
Le bilan mitigé de Jocelyn Thibault à la tête de Hockey Québec
Jocelyn Thibault avait été nommé directeur général de HQ en octobre 2021 à la suite d’un vaste appel de candidatures mené par le conseil d’administration.
Des ambitions élevées pour Hockey Québec
Lors de sa nomination, l’ancien gardien avait l’ambition de faire de Hockey Québec une fédération de référence sur la scène internationale. Et lors d’une inspirante présentation faite à l’assemblée générale de HQ en juin 2022, il avait clairement annoncé ses couleurs.
Il voulait que HQ focalise dorénavant de manière obsessive sur ses membres. Et pour y arriver, il souhaitait développer une meilleure cohésion entre la fédération et les régions.
Il souhaitait par ailleurs entamer un virage axé sur la souplesse parce que la surabondance de réglementation, estimait-il, freinait le dynamisme du hockey québécois.
Les difficultés rencontrées
Jeudi, le discours de Thibault sonnait différemment. Les deux dernières années ont usé le bonhomme un peu […] En ce qui me concerne, le niveau d’essence est assez bas, a-t-il confié.
Le DG démissionnaire est plusieurs fois revenu sur le fait que l’imprévisibilité de l’organisation – la faiblesse de la structure – avait pesé très lourd dans sa décision de quitter ses fonctions.
Le président du conseil, Claude Fortin, a rappelé que le mandat de Thibault était entamé depuis moins d’un mois quand le premier ministre Legault a créé un comité chargé de se pencher sur l’avenir du hockey.
Au lieu de plancher sur son propre plan, Jocelyn s’est retrouvé assis à écouter les avis d’une douzaine de personnes, a indiqué une autre source bien au fait du dossier.
La pandémie a ensuite paralysé les activités de hockey au Québec. Cela a été suivi de la crise qui a secoué Hockey Canada (événement qui a mobilisé la direction et le C. A. de HQ pendant des mois). Il y a aussi eu, l’an passé, la commission parlementaire tenue à Québec en rapport avec les initiations au hockey junior. Jocelyn n’a pas eu un mandat facile, a poursuivi M. Fortin.
Les critiques envers la gouvernance de Hockey Québec
L’an dernier, Jocelyn Thibault avait plusieurs fois souligné l’importance d’améliorer la gouvernance de la fédération et des régions afin de clarifier les rôles de chacun et de rendre l’organisation plus efficace.
C’est insécurisant et désagréable de se faire blâmer pour plein de choses, alors que ce n’est pas toi qui t’en occupes, avait-il dit.
Il s’inquiétait aussi du fait que Hockey Québec ne soit pas en mesure d’entretenir des liens étroits avec les associations de hockey mineur locales, tandis que ce sont elles qui livrent les services aux membres sur le terrain.
Une étude commandée par une firme spécialisée en gouvernance constatait par ailleurs que les présidents régionaux exercent des rapports de force au lieu d’entretenir une relation collaborative avec la fédération.
Or, tous ces thèmes sont réapparus lors de la conférence de presse de jeudi.
Il faut dépolitiser les opérations hockey. C’est super important […] Au niveau des régions, c’est difficile d’emmener notre réseau dans la bonne voie au niveau de sa gouvernance. Je suis un gars de structure. C’est la base, tout part de là, a expliqué Jocelyn Thibault.
Comme dirigeant d’entreprise, tu as vraiment l’impression d’être dans un champ de mines. Il n’y a pas de prévisibilité. Comme gestionnaire de notre organisation, c’est un risque que je n’étais plus capable de prendre. Pour ces raisons, c’était mieux de me retirer.
Le bilan contrasté de Jocelyn Thibault
Son départ ne doit toutefois pas porter ombrage aux immenses progrès qui ont été faits au cours des 30 derniers mois, ont plaidé plusieurs personnes qui l’ont accompagné durant son mandat.
Jocelyn a permis de défricher énormément de terrain. Les règlements généraux de Hockey Québec ont été modifiés l’été dernier et de nouvelles règles de gouvernance sont en vigueur. On en verra graduellement les effets sur le terrain, a-t-on fait valoir.
Jocelyn est aussi en train de terminer son plan stratégique, qu’il doit remettre avant de quitter officiellement ses fonctions en juin prochain. Ce sera son grand legs, sa vision de l’avenir de la fédération. Le conseil en connaît les grandes lignes et il y adhère complètement, ajoute-t-on.
D’autres ont rappelé que le siège social était aux prises avec un climat de travail toxique quand Thibault s’est amené en 2021. Or, le climat de travail a radicalement changé depuis son arrivée et l’équipe a retrouvé son dynamisme.
Certains collaborateurs ont amicalement reproché à Thibault son impatience. Hockey Québec est un immense bateau qui n’est pas suffisamment agile pour effectuer des virages brusques.
J’ai peut-être manqué de patience, a admis Thibault. Je me suis rendu compte assez vite que j’étais engagé dans un marathon ou dans une course à relais.
Stéphane Auger succède à Jocelyn Thibault
Le conseil d’administration a justement décidé que c’est l’ancien arbitre de la Ligue nationale Stéphane Auger qui s’emparera du témoin. Il succédera à Thibault avec un titre légèrement modifié de directeur exécutif chargé des opérations hockey.
Auger occupait depuis peu les fonctions de directeur de l’arbitrage à HQ. Au cours des dernières années, il a piloté avec succès le très délicat dossier de l’harmonisation du hockey scolaire en amenant dans le giron du RSEQ des ligues non fédérées comme la Ligue de hockey préparatoire scolaire.
Je ne me serais pas joint à HQ si autant d’améliorations n’avaient pas été faites au cours des dernières années. La position actuelle de la fédération me permet de dire que le défi est intéressant et que nous allons avancer encore, a dit Auger.
Souhaitons-lui bonne chance. Il en aura grand besoin.

