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Campagne de désinformation autour de la maladie X
Cette théorie du complot – sur une hypothétique future pandémie – est utilisée par les diffuseurs de fausses informations pour « vendre des produits », notamment des kits d’urgence médicale.
La « maladie X », terme inventé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour désigner une hypothétique future pandémie, est au centre d’un ouragan de désinformation amplifié par les théoriciens du complot, qui en tirent profit.
Les fausses informations, en particulier celle attribuant à un complot élitiste la création d’un agent pathogène inconnu visant à dépeupler la planète, semblent provenir des États-Unis mais se sont répandues en Asie dans de nombreuses langues régionales, selon les vérificateurs de faits de l’AFP.
Dangers de la désinformation amplifiée sur les réseaux sociaux
La désinformation qui se propage rapidement et qui, selon les experts, illustre les dangers d’une faible modération des contenus sur les réseaux sociaux, pourrait accroître la méfiance vis-à-vis des vaccins et compromettre la préparation aux urgences de santé publique, quatre ans après l’apparition de la pandémie de Covid-19.
Influenceurs de droite aux États-Unis utilisant la théorie du complot pour vendre
En attisant les craintes concernant la maladie X, les influenceurs de droite aux États-Unis profitent également de ces fausses informations pour vendre des kits médicaux contenant un traitement du Covid-19 qui, selon les experts de la santé, n’a pas fait ses preuves.
« Arme de mort génocidaire »
Les théories du complot ont pullulé après que le Forum économique mondial de Davos – qui suscite toujours de la désinformation – a organisé en janvier une table ronde intitulée « Se préparer à la maladie X », axée sur une éventuelle pandémie future.
Alex Jones, le fondateur du site Infowars qui a gagné des millions de dollars en diffusant des théories du complot sur les fusillades de masse et le Covid-19, a prétendu sur les médias sociaux qu’il existait un plan à l’échelle mondiale pour déployer la maladie X en tant qu' »arme de mort génocidaire ».
Lorsque la conspiration s’est étendue à la Chine, des messages partagés sur Tiktok et X (anciennement Twitter) ont affirmé que le gouvernement chinois mettait en place des fours crématoires mobiles pour faire face à des « décès massifs ».
Mais grâce à la recherche d’image inversée, les vérificateurs de faits de l’AFP ont découvert que les vidéos de ces messages montraient en réalité des services de crémation d’animaux.
« Un kit d’urgence médicale »
Le cardiologue américain Peter McCullough, connu pour diffuser des informations erronées sur le Covid-19, a affirmé sans fournir de preuves que la maladie X « devrait être créée dans un laboratoire biologique ». Il a fait cette déclaration sur le site web de The Wellness Company, un fournisseur de compléments alimentaires basé aux États-Unis, dont il est le directeur scientifique.
Incitant à « se tenir prêt » pour la maladie X, le site web propose un « kit d’urgence médicale » pour environ 300 dollars, qui contient des médicaments dont l’ivermectine, un traitement qui n’a aucune efficacité prouvée contre le Covid-19.
Le Gateway Pundit, un site internet de droite connu pour propager des théories du complot, a également fait la promotion de ces kits dans un message sponsorisé intitulé « Maladie X: les mondialistes préparent-ils une autre pandémie ? ». « Ne soyez pas pris au dépourvu », disait le message, renvoyant à un lien pour commander les kits.
Impact sur la vaccination et la préparation aux urgences sanitaires
Les théories du complot s’appuient sur les réticences croissantes à l’égard des vaccins depuis la pandémie de Covid-19, qui est susceptible d’avoir des effets « considérables » sur la santé publique, a déclaré Jennifer Reich, sociologue à l’université du Colorado à Denver.
Certains adeptes des conspirations nées autour de la maladie X jurent de rejeter les futurs vaccins, selon les messages publiés sur les médias sociaux et suivis par l’AFP, une position qui pourrait compliquer la prise en charge de véritables urgences sanitaires.
« La désinformation peut également conduire certains pans de la population à prendre des mesures inefficaces, voire nuisibles, pendant une épidémie », a déclaré à l’AFP Chunhuei Chi, professeur de santé mondiale à l’université d’État de l’Oregon.
« Cela peut devenir un obstacle majeur pour une société qui veut être proactive dans la prévention et la préparation à une maladie contagieuse émergente », a-t-il estimé.

