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Sorcières : mythe et persécution
« Sorcières : mythe et persécution », cette sélection d’archives radiophoniques proposée par Mathias Le Gargasson explore la construction du mythe de la sorcière à travers ses cérémonies et ses mécanismes de persécution du 15ème au 17ème siècle.
Au cœur du mythe
Au cœur de la nuit, un grand feu s’allume. Dans le ciel, à peine visible, des femmes volent sur des balais vers le lieu du sabbat. L’air devient dense, irrespirable, signalant la présence d’un être démoniaque. Car le diable, ou du moins un démon, est là, assis devant le feu. Certaines s’enduisent d’onguent, d’autres préparent les divers sacrifices, d’autres encore rentrent dans une transe incontrôlable. C’est à la fois une initiation pour celles qui ne se sont pas encore données entièrement au diable et une célébration de l’être venu des enfers pour présider à ce que d’aucuns appelleraient une messe noire. Elles se livrent ensuite à une orgie générale, où chacune se donne tour à tour à ce diable à la peau écaillée et à la semence froide. Le lendemain, ces sorcières repartiront dans leurs villages respectifs investies d’une mission : maudire, empoisonner, brûler et surtout tuer. C’est en tout cas le mythe qui s’entretient du XVe au XVIIe siècle partout en Europe, et qui terrifie les paysans et les notables de cette fin de Moyen Âge.
La première chasse aux sorcières a lieu dans les années 1420 en Suisse
Une des racines de ce mythe se trouve dans l’Eglise catholique, qui a souvent instrumentalisé cette image de la sorcière pour faire peur aux populations et assoir son pouvoir. Si la première chasse aux sorcières a lieu vers la fin des années 1420 en Suisse dans le canton du Valais, c’est entre 1560 et 1640 que la persécution des sorcières atteint son apogée. En tout, ce sont entre 60000 et 80000 sorciers et sorcières qui sont exécutés durant cette traque généralisée. On estime aujourd’hui qu’au moins 7 condamnées sur 8 étaient des femmes. Ces soupçons se portaient souvent sur des guérisseuses, des sages-femmes, des femmes isolées socialement ou dont l’apparence physique et la vieillesse faisaient peur.
Les sages-femmes, les guérisseuses, les femmes isolées socialement ne sont-elles pas des sorcières ?
Cette nuit a une vocation double : retracer la construction du mythe des sorcières, qui persiste jusqu’à nos jours dans nos représentations culturelles et comprendre les mécanismes de la persécution massive menée par les autorités, l’Eglise et le peuple lui-même contre ces femmes. Si la figure de la sorcière a été largement et à juste titre réhabilitée dans ces trente dernières années à la fois par la recherche en histoire et par les mouvements féministes, les archives ne permettent pas entièrement de retranscrire cette réalité encore assez nouvelle ; nous avons choisi d’explorer les dénonciations, les procès, les cérémonies plus ou moins fantasmées, bref la formation de ces mythes tenaces encore omniprésents dans nos esprits.
Sorcières : mythe et persécution – Présentation
« Sorcières : mythe et persécution » un programme d’archives proposé par Mathias Le Gargasson.
Réalisation et collaboration
Réalisation : Thomas Jost
Avec la collaboration de Hassane M’Béchour
Edition web : Sylvain Alzial et Valérie Ernould, Documentation de Radio France
Archive Ina-Radio France

