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Livre
Les jeunes s’étaient donné rendez-vous pour se battre, le 23 février 2021, sur le terrain de pétanque de Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Ils étaient une soixantaine, de 13 à 14 ans, plus quelques « grands » de 15 à 17 ans, les uns d’une cité d’Epinay-sous-Sénart, les autres de Quincy-sous-Sénart – Boussy est à mi-chemin. Ça n’a pas duré longtemps. Toumani, un gamin d’à peine 14 ans, est mort dans la soirée, tué de deux coups de couteau. Un autre garçon a été poignardé, mais a pu être sauvé, d’autres blessés se sont enfuis.
Une rivalité ancienne
Ce n’était pas la première bataille rangée dans les cités ni la dernière, les jeunes ont parlé d’une rivalité qui aurait toujours existé, « quelque chose d’ancestral, qui remonterait à la nuit des cités ». Olivier Bertrand, cette fois, savait que ce n’était pas vrai. Dans Une rixe (Seuil, 336 pages, 20 euros), il se souvient qu’il a grandi à Epinay, l’une des villes-dortoirs du Val d’Yerres, à 25 kilomètres de Paris, et qu’il a, comme Toumani, longtemps habité au Vieillet, la cité de Quincy, lorsqu’il était journaliste à Libé.
Il y est retourné, vingt ans après, pour comprendre ce qui avait changé depuis son enfance. Ça a été difficile. Il a pris contact avec les éducateurs, les magistrats, les policiers, les avocats, les enseignants, les élus, les associatifs… Personne ne s’est bousculé pour répondre. Mais il a pris le temps, il lui a fallu apprivoiser les habitants des quartiers un par un, approcher les jeunes, et ça a été une autre paire de manches.
Lente promenade dans le passé
Le journaliste a cherché à comprendre comment ces batailles rangées ont commencé : mettre un pied dans la cité ennemie suffit aujourd’hui à déclarer la guerre, et plus que de territoires, c’est une question d’identité. Il a d’ailleurs retrouvé l’embrouille originelle, vingt-cinq ans plus tôt, dont les gamins ne savaient d’ailleurs rien. Une affaire idiote, le trafic de drogue n’a rien à voir là-dedans, il contribue plutôt à imposer le calme, pour le business.
Le livre oscille constamment entre l’enquête et les souvenirs du journaliste, comme dans son premier ouvrage, Les Imprudents (Seuil, 2019). C’est donc aussi une lente promenade dans son passé, d’autant qu’Olivier Bertrand a failli mal tourner. Il a connu des bagarres, au collège d’Epinay, il lui a fallu se battre, en 6e, lui qui était « petit et fluet ». Des copains lui ont appris, mais ce n’était pas alors des batailles rangées entre cités.
Les influences des parents
« On peut toujours culpabiliser les parents, écrit le journaliste. C’est prendre les adolescents pour des idiots. Mes parents ne me lâchaient pas, mais je leur échappais. » La nuit, par la fenêtre, pour rejoindre ses potes et chercher « toutes les aventures possibles », toutes « les conneries » aussi. Pénaliser les parents, souvent des mères célibataires qui luttent déjà pour survivre, est une idée creuse.
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L’inconnu du maquis Bir-Hakeim
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