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Contenus anti-IVG sur les réseaux sociaux en France
Un nouveau rapport de la Fondation des Femmes met en lumière la manière dont les contenus anti-IVG s’organisent désormais sur les réseaux sociaux en France. Cette stratégie de noyade numérique est le thème de la newsletter #Règle30 cette semaine.
La newsletter #Règle30
Cet article est un extrait de la newsletter #Règle30. Elle est envoyée à 11h chaque mercredi.
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La prise de conscience aux États-Unis
Lorsque j’étais jeune, j’ai passé une année aux États-Unis. C’est là que j’ai pris conscience de l’existence d’opposants à l’avortement. Avant cela, ce n’était pas un sujet qui me préoccupait, par privilège et par naïveté. Je pensais que j’aurais toujours le choix. Mais pendant mon séjour aux États-Unis, j’ai eu des conversations tendues avec d’autres jeunes femmes, j’ai vu des manifestations anti-IVG et j’ai même reçu un DVD contenant des séquences graphiques présentées comme les conséquences d’un avortement raté. En rentrant en France, je me suis dit que tout cela ne se produirait jamais ici.
Les contenus anti-IVG sur les réseaux sociaux en France
Lorsque j’ai vu une affiche contre l’avortement en sortant faire mes courses la semaine dernière, j’ai réalisé que les contenus anti-IVG sont également présents en France. En rentrant chez moi, j’ai lu un rapport publié par la Fondation des Femmes sur la montée en puissance de ces contenus francophones sur les réseaux sociaux.
La stratégie de la noyade numérique
En France, l’entrave à l’avortement est un délit, même lorsqu’elle se fait en ligne. Malgré des débats sur son interprétation, cette disposition a permis de réduire la présence de faux sites sur les moteurs de recherche. Cependant, ces contenus se sont déplacés sur les réseaux sociaux, partagés par une diversité de comptes qui avancent parfois masqués. On y retrouve des militants de l’extrême droite, de la mouvance chrétienne, ainsi que des opposants aux droits LGBT et aux personnes trans. Le rapport souligne l’importance de plusieurs pages et groupes Facebook non officiels de soutien à Eric Zemmour dans cette propagande.
Les conséquences de cette désinformation en ligne
L’étude met en évidence l’omniprésence des propos anti-IVG dans l’expérience des internautes qui cherchent simplement à s’informer sur le sujet. Par exemple, sur YouTube, une adolescente fictive de 16 ans s’est abonnée uniquement à des chaînes de divertissement. Elle a ensuite visionné une cinquantaine de vidéos de médias réputés sur l’avortement. Une semaine plus tard, plus de la moitié des vidéos recommandées sur sa page d’accueil étaient des contenus anti-avortement ou dissuadant d’avorter.
Dans un autre exemple, un compte fictif de femme âgée entre 18 et 25 ans a suivi le Planning Familial et plusieurs personnes partageant leurs expériences d’avortement de manière neutre sur Instagram. En quelques jours, elle a été ciblée par des vidéos de la mouvance tradwife, qui prône la soumission des femmes aux hommes et le retour des rôles genrés traditionnels.
La lutte pour les droits reproductifs et l’influence en ligne
La lutte pour les droits reproductifs se fait à la fois en ligne et dans la vie réelle. Elle implique des actions dans la rue, le cadre législatif et l’amélioration de l’accès aux soins de santé. Cependant, il est préoccupant de constater que les discussions en ligne sur l’avortement sont dominées par la minorité qui souhaite nous empêcher d’avorter et d’en parler. Cette stratégie de noyade numérique a déjà été utilisée avec succès sur d’autres sujets chers à l’extrême droite et aux masculinistes.
Enfin, une dernière étude publiée par le Haut Conseil à l’Égalité révèle que 37 % des Français considèrent que le féminisme est une menace pour les hommes, en hausse de 3 points par rapport à l’année précédente. Cela est alarmant et souligne l’importance de continuer la lutte pour les droits des femmes et l’accès à l’avortement.

