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Le plus grand problème de la France : Aya aux J.O
On rappelle calmement les faits pour celles et ceux qui auraient choisi de rester déconnectés de l’actualité (on les comprend) : la France accueillera cet été les Jeux Olympiques, qui, comme tout bon événement sportif d’ampleur planétaire, débuteront par une cérémonie d’ouverture. Au programme : un grand spectacle, une flamme olympique, beaucoup de spectateurs et de sponsors, mais aussi de la musique.
Grand chef d’à peu près tout, Emmanuel Macron se serait impliqué dans la direction artistique de la cérémonie en proposant à Aya Nakamura de se produire lors de cette grande cérémonie d’ouverture. Jusqu’ici, rien d’anormal : il s’agit sans aucun débat possible de l’artiste française la plus populaire dans le monde. Elle ne viendrait pas chanter l’un de ses tubes, malgré le succès international de certains d’entre-eux, mais bien un classique du répertoire national. De Charles Aznavour à Charles Trenet en passant par Juliette Gréco, la chanson française regorge de classiques qui ont fait le tour du monde, et un tel événement est l’occasion parfaite pour leur rendre hommage.
En réponse à Emmanuel Macron, Aya aurait donc choisi d’interpréter un ou plusieurs titres d’Edith Piaf. A priori, c’est un excellent choix : la môme est un véritable symbole de la musique française, ses plus grands succès sont connus de New-York à Tokyo, et ils sont suffisamment utilisés de nos jours (cinéma, reprises) pour rester actuels.
Avant d’aller plus loin, il faut bien préciser une chose : tout ceci est encore hypothétique. L’échange entre Emmanuel Macron et Aya Nakamura a été révélé par L’Express en début de semaine, mais aucune confirmation officielle n’existe à l’heure actuelle. Aya s’est contentée de réagir sur Instagram avec un énigmatique “EDITH PIAF ?”, mais concrètement, aucun line-up n’est annoncé pour ce fameux concert d’ouverture. On aura peut-être droit à des surprises…
La polémique du vide
A partir du moment où L’Express a publié la nouvelle, la France des réseaux sociaux et de BFM TV s’est donc totalement enflammée. De manière générale, tout ce qui touche à Aya Nakamura a tendance à créer le débat : la moindre déclaration en dehors des clous, la moindre cigarette fumée… c’est bien simple, même son prénom crée polémique. Dans le cas de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, on pourrait croire que l’on a simplement affaire à une forme de mépris élitiste. Aya est une artiste pop, plus proche dans l’esprit de la variété que de la chanson à texte d’un Aznavour. Ses détracteurs auraient jugé qu’elle ne correspondait pas artistiquement au répertoire d’Edith Piaf. Ce serait un peu comme demander à Tiakola de poser Mon texte, le savon d’Akhenaton, ou à Jungeli de reprendre Hardcore d’Ideal J. Malheureusement, c’est une explication trop simple.
Sur le plateau de BFM TV, Olivier Cachin a plutôt bien résumé la situation : “Aya Nakamura est “Aya Nakamura est l’équivalent de ce qu’était Édith Piaf il y a 60 ans, c’est-à-dire la chanteuse française la plus populaire à l’étranger. Elle est tout à fait à sa place dans la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Celle qui représente la France à l’international aujourd’hui, c’est Aya Nakamura. Que ça plaise ou non”. Ce fameux plateau de BFM, que l’on voit un peu trop à chaque fois qu’une polémique inutile occupe l’actualité, cristallise justement toute les relents conservateurs et réactionnaires de notre société.
Derrière la polémique, toute une idéologie
Estimer que Patrick Bruel serait une meilleure option symbolise surtout un fond de pensée problématique, et revient à considérer qu’un homme blanc sexagénaire serait plus à même de représenter la France qu’une femme noire de moins de trente ans ayant grandi dans le 93. C’est difficile à accepter pour les défenseurs d’une identité nationale blanche fantasmée, mais on fera difficilement meilleure candidate qu’Aya Nakamura pour représenter la réalité multiculturelle et mixte de la jeunesse française actuelle.
Si l’on évoque le rayonnement international de la France, l’équation Aya + Piaf est absolument intouchable. La musique de Piaf est intemporelle, elle continue de traverser les frontières, et elle représente tout le glamour à la française fantasmé à l’étranger. Pour l’interpréter, aucun autre choix n’est plus logique pour représenter la scène nationale actuelle que la chanteuse française la plus populaire à la fois en France et à l’étranger. Quand on vend un million d’albums dont exactement la moitié en dehors du territoire français, on représente de fait la musique française dans le monde.
Reste l’argument fatal des détracteurs d’Aya Nakamura : ses textes, trop peu représentatifs de la grandeur de la langue française. L’argument aurait pu avoir du sens si on ne proposait pas Patrick Bruel comme principale alternative et qu’on ne vivait pas dans le pays de Claude François. Pour ne rien arranger, il s’agit d’une cérémonie destinée au monde entier, donc majoritairement à des auditeurs qui ne comprennent pas un mot de français. Pas besoin de grande littérature pour les toucher, on miserait plutôt sur la bonne mélodie et la bonne énergie, des données bien plus universelles. Évidemment, toutes ces questions n’ont absolument aucun sens, étant donné qu’Aya serait choisie pour interpréter des titres d’Edith Piaf. Qu’Aya Nakamura écrive comme Lino ou comme un pied n’a absolument aucune importance, elle ne sera pas là pour chanter ses propres textes.
Et le mot de la fin pour notre David Guetta national, qui lui, est très fier d’Aya et de son rayonnement dans le monde.

