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Effondrement des revenus des médias lié à l’érosion de la confiance du public
L’effondrement des revenus des médias est étroitement lié à l’érosion de la confiance du public à leur égard, croit la ministre fédérale du Patrimoine, Pascale St-Onge. En entrevue avec Le Devoir, elle convient que la précarité des salles de nouvelles « n’aide pas à ce que les journalistes aient le temps et la latitude pour creuser des enquêtes et faire le travail de qualité auquel tout le monde s’attend. »
Un sondage publié par la firme Léger le mois dernier indiquait que 42 % des Québécois ont peu ou pas confiance envers les médias. C’est même 44 % de la population québécoise qui pense que les médias traditionnels manipulent l’information qu’ils diffusent.
L’élue fédérale réagissait aux propos tenus la fin de semaine dernière par le ministre québécois de la Culture, Mathieu Lacombe, en marge du congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) à Saint-Sauveur. L’ancien présentateur de nouvelles avait alors appelé les journalistes à faire preuve de plus d’autocritique et à « se demander ce qu’ils peuvent faire pour regagner la confiance des citoyens ».
« Il y a des difficultés financières qui n’aident pas. Mais cette relation de confiance là, elle est à la base du succès des médias. […] Il faut continuer d’avoir les plus hauts standards de qualité, continuer de miser sur une relation de confiance avec la population et ne jamais la tenir pour acquise », fait valoir la ministre St-Onge.
Des mesures financières pour répondre à la crise des médias
Des mesures financières pour répondre à la crise des médias pourraient se trouver dans la mise à jour économique d’Ottawa, prévue mardi prochain. Selon les informations du Devoir, le fédéral étudie la possibilité de bonifier le crédit d’impôt remboursable sur la masse salariale des employés des salles de rédaction de 25 % à 35 %.
La ministre St-Onge n’a pas voulu s’avancer sur les mesures fiscales à venir, mais souhaite « bien évidemment » que sa collègue aux Finances, Chrystia Freeland, prévoie une hausse de ce crédit d’impôt. Le fédéral viendrait ainsi égaler celui du gouvernement du Québec.
Lorsqu’elle était elle-même présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN) — qui regroupe 6000 personnes travaillant dans des domaines liés aux médias —, Mme St-Onge réclamait cette hausse du crédit d’impôt pour la main-d’oeuvre journalistique. « [C’est] une mesure fiscale qui était, à notre avis, la meilleure façon d’agir rapidement pour donner une chance au niveau des liquidités et au niveau de la rentabilité de la santé financière des entreprises, sans qu’il y ait d’intervention gouvernementale. »
La ministre croit d’ailleurs qu’il s’agit toujours de l’avenue à privilégier afin de protéger l’indépendance des médias.
Les attentes du milieu
La présidente actuelle de la FNCC–CSN, Annick Charette, espère aussi que le fédéral égalera le Québec en élevant son crédit d’impôt sur la masse salariale à 35 %. Mais les critères d’admissibilité devraient aussi être élargis afin d’inclure les médias électroniques (radio et télé) dans le programme, qui est pour l’instant réservé à la presse écrite, estime-t-elle.
« La radio et la télévision viennent de frapper le mur que la presse écrite a frappé il y a à peu près six ans, à savoir que les revenus publicitaires ne couvrent plus leurs dépenses et qu’elles sont en déficit. On l’a vu avec [les coupes à] TVA », déplore la présidente en entrevue au Devoir.
Groupe TVA a annoncé le licenciement de 547 employés, soit 31 % de son effectif, au début novembre. Dans la foulée de ces compressions, la présidente Annick Charette et le Bloc québécois avaient réclamé un fonds d’urgence de 50 millions de dollars pour aider les médias « sans plus de délai ». « Nous avons perdu Métro Média, les quotidiens de la CN2i doivent abolir des postes dans toutes les salles de rédaction, TVA coupe le tiers de ses effectifs : nous avons besoin d’un fonds spécial qui soit en mesure de pallier les urgences, pour que cesse l’hécatombe », souligne Mme Charette.
De 2008 à 2021, 450 médias ont fermé leurs livres au Canada, faute de revenus suffisants pour maintenir leurs activités.
Pascale St-Onge n’a pas fermé la porte à la création d’un tel fonds d’urgence et affirme encore évaluer toutes les propositions sur la table. Elle martèle toutefois qu’il ne faut pas simplement « improviser un programme ». « Il faut que les mesures [d’aide adoptées] permettent l’indépendance des médias et le moins de subjectivité possible pour distribuer des sommes. C’est quand même un défi important », souligne-t-elle.
En attendant Google
Quel miracle pourrait sauver l’écosystème médiatique canadien ? La ministre du Patrimoine mise toujours sur les bénéfices à long terme de la nouvelle Loi sur les nouvelles en ligne (mieux connue par son identifiant de projet de loi, C-18). « S’il y avait une solution facile, c’est sûr qu’on l’aurait déjà mise en place. Je crois qu’il faut aussi laisser le temps à la Loi sur les nouvelles en ligne d’entrer pleinement en vigueur au mois de décembre et en voir les résultats », dit-elle.
C-18 prendra effet le 19 décembre, date à laquelle Meta et Google doivent commencer à compenser les médias canadiens. Meta, la société mère de Facebook et Instagram, a déjà bloqué le partage de contenus journalistiques sur ses plateformes afin d’échapper aux dispositions de cette loi. Google menace de faire de même si le fédéral ne modifie pas son projet de règlement.
Ottawa souhaite soutirer environ 172 millions de dollars par année à Google, contre environ 62 millions de dollars à Facebook, afin de financer le journalisme au pays.
La ministre St-Onge continue ses négociations avec Google afin de trouver un terrain d’entente, mais elle ne démord pas : les plateformes doivent payer leur juste part. « Ces nouveaux joueurs-là doivent faire partie de notre système », souligne-t-elle, malgré les rebuffades assénées par Meta et Google.
Lors du plus récent congrès de la FPJQ, le ministre québécois de la Culture, Mathieu Lacombe, avait invité sa consoeur fédérale à mieux collaborer dans leur recherche de solutions aux problèmes qui accablent le journalisme québécois — une quête impossible si leurs deux paliers de gouvernement travaillent en silo, avait-il plaidé. Des séances de travail entre Québec et Ottawa sont prévues pour continuer les discussions à cet effet, affirme Mme St-Onge.

