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Madeleine Riffaud, une résistante au destin extraordinaire


Trois jours plus tôt, un début d’incendie a ravagé son salon. Madeleine Riffaud, 99 ans, était seule dans l’appartement. Les pompiers sont arrivés à temps et, une fois de plus, l’ancienne résistante a survécu. Alitée et aveugle, la poétesse garde une mémoire très vive de son incroyable vie et tient à témoigner. En s’offrant, au milieu de l’entretien, un de ces petits cigares qu’elle apprécie tant…
Je ne serais pas arrivée là si…
… Si je n’avais pas reçu un formidable coup de pied au cul, à la gare d’Amiens, en novembre 1940. C’est un officier allemand qui me l’a administré parce que je refusais les avances de ses soldats. Je suis tombée à terre. Je n’aime pas être humiliée. Surtout à un moment où la France entière était humiliée. Alors, ce coup de pied d’un nazi m’a poussée à m’engager dans la Résistance. Encore fallait-il trouver comment y entrer. Je n’avais que 16 ans. Qui aurait voulu d’une pareille gamine dans son réseau ? Ce n’était pas commode de trouver la bonne porte.
Pourquoi vouliez-vous tant vous engager ?
Cela venait peut-être de l’exemple de mon grand-père, un ouvrier agricole, un type très bien, qui ne voulait pas fuir devant l’ennemi. Et de mon père, aussi. Lors de la guerre de 1914-1918, il s’était engagé à 18 ans, s’était mutiné et avait été gravement blessé. En 1936, au moment de la guerre d’Espagne, il a souhaité de nouveau s’engager. On n’a pas voulu de lui, à cause de sa jambe gauche en capilotade. Ma propre prise de conscience politique remonte également à la guerre d’Espagne. Dans un magazine qui traînait sur le bureau de mon père, j’avais été très frappée par les photos montrant des enfants pris dans la guerre, tués par les franquistes. J’aurais été grande, je serais partie là-bas. Mais j’avais quoi ? 12 ans. Alors, l’engagement a attendu…
Vos parents vous poussaient-ils en ce sens ?
Ils auraient aimé que je sois institutrice, comme eux. Moi, non. Ensuite, les événements ont un peu décidé pour moi. Je suis née et j’ai passé mon enfance dans la Somme, une terre marquée par la guerre. Puis cela a été l’exode, nous avons été bombardés sur la route par des stukas, des avions allemands. Je m’en suis tirée, ma famille aussi. J’étais déjà une survivante !
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Comment transmettre l’histoire de la Résistance sans ses témoins
Comment avez-vous rejoint la Résistance ?
Je suis tombée malade, bien opportunément, et, en 1941, j’ai été envoyée six mois dans un sanatorium pour étudiants, à Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère, de l’autre côté de la ligne de démarcation. Son directeur, Daniel Douady, cachait des résistants, des juifs munis de faux certificats médicaux. En bas, il y avait aussi une imprimerie clandestine, dont il gardait la clé dans sa poche. C’est au sanatorium que j’ai rencontré Roger et Marcel Gagliardi, deux frères dont le père était ami du mien. La tuberculose a rapidement emporté Roger.
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