Sommaire :
Tribune.
Résonance de la phrase de Patrice Lumumba
Tribune. « Sans dignité, il n’y a pas de liberté, sans justice, il n’y a pas de dignité, et sans indépendance, il n’y a pas d’hommes libres. » Cette phrase, que le premier chef de gouvernement congolais Patrice Lumumba écrivit en prison, dans la dernière lettre qu’il adressait à sa femme, Pauline, en novembre 1960, résonne avec un écho particulier aujourd’hui.
L’emprisonnement du journaliste Stanis Bujakera Tshiamala
Depuis quatre mois déjà, le journaliste le plus populaire de ce pays, suivi par plus de 570 000 abonnés sur le réseau social X, Stanis Bujakera Tshiamala, directeur de publication adjoint du site d’information Actualite.cd et correspondant de Jeune Afrique et de Reuters croupit dans une cellule collective de la sinistre prison de Makala, à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC) à la suite de la publication d’un article par la rédaction de Jeune Afrique mettant en cause les renseignements militaires congolais dans l’assassinat d’un ancien ministre devenu opposant Chérubin Okende, en juin 2023, six mois avant l’élection présidentielle.
Le combat de Stanis Bujakera Tshiamala
Article réservé à nos abonnés RDC : la famille du député assassiné Chérubin Okende saisit la justice belge
A l’ONG Reporters sans frontières (RSF), il confiait en octobre depuis sa prison que « [s]on emprisonnement [était] un test pour l’avenir du journalisme indépendant en RDC », expliquant qu’il ne céderait pas face à des « accusations imaginaires ». Des contre-enquêtes réalisées par RSF et le consortium Congo Hold-Up ont démonté le dossier de l’accusation, confectionné dans la précipitation.
Les incohérences de l’accusation
Le gouvernement, le parquet et un expert mandaté par ce dernier affirment que la note confidentielle de l’ANR est un faux, sans en apporter la preuve. Reporters sans frontières, suite à sa contre-enquête, assure que ce document est authentique. De même que l’avocat belge de la famille de Chérubin Okende, qui a porté plainte en Belgique contre le chef des renseignements militaires congolais.
Tout en l’accusant d’avoir fabriqué un faux document, le parquet affirme que Stanis Bujakera Tshiamala l’aurait reçu d’un compte du réseau social Telegram. Selon l’expert sur lequel s’appuie le parquet, Stanis Bujakera Tshiamala a pu être identifié grâce à l’analyse des métadonnées d’un document partagé via WhatsApp et Telegram. Sauf que les porte-parole des deux entreprises ont été formels : il est techniquement impossible de parvenir à cette conclusion. Quant à l’adresse IP supposée de Stanis Bujakera Tshiamala lors de ce partage de documents, elle appartient à une société espagnole, Bullhost, qui dit ne l’utiliser que pour un serveur interne…
République démocratique du Congo : les lourds défis d’une élection contestée
Pour la remise en liberté de Stanis Bujakera Tshiamala
Tous ces éléments, parmi les nombreuses irrégularités qui émaillent cette procédure ahurissante, plaident pour une seule et unique chose : il faut la remise en liberté immédiate et sans conditions de Stanis Bujakera Tshiamala. Le respect de la liberté et de la pluralité de la presse ainsi que des droits des journalistes reste essentiel alors que les défis politiques, économiques et sécuritaires de la RDC sont toujours aussi nombreux au lendemain des scrutins du 20 décembre.
Durant sa campagne électorale, en novembre, Félix Tshisekedi, a déclaré qu’il pourrait « peut-être » gracier Stanis après sa condamnation. Alors qu’il s’apprête à débuter un second mandat, nous avons l’espoir qu’il mette fin à cette incarcération, sans attendre la fin de cette procédure inique.
Sans justice, il n’y a pas de dignité. Et sans dignité, il n’y a pas de liberté. Liberté pour Stanis. Maintenant.
Francis Akindes, sociologue (Bénin) ; Moussa Aksar, directeur de publication de L’Evénement (Niger) ; Anas, journaliste d’investigation (Ghana) ; Sinzo Anzaa, écrivain (RDC) ; Ferdinand Mensah Ayité, directeur de L’Alternative (Togo) ; Souleymane Bachir Diagne, philosophe (Sénégal) ; Chaikou Baldé, président de l’Alliance des médias pour les droits humains (Guinée) ; Carine Dikiefu Banona, chercheuse assistante sur la RDC à Human Rights Watch (RDC) ; Fadel Barro, activiste (Sénégal) ; Amadou Barry Sadjo, philosophe (Guinée) ; Fred Bauma, directeur exécutif de l’Institut Ebuteli (RDC) ; Kidi Bebey, autrice et journaliste (Cameroun) ; Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération des journalistes (Belgique) ; Marwane Ben Yahmed, directeur de la publication de Jeune Afrique ;Pierre Boisselet, chercheur (France) ; Mino Bompomi, coordonnateur national du mouvement citoyen Filimbi (RDC) ; Marthe Bosuandole, journaliste et écrivaine, coordinatrice adjointe de l’Association des correspondants de la presse internationale en RDC ; Clément Boursin, responsable Afrique à l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) France ; Rony Brauman, médecin, ex-président de Médecin sans frontières (France) ; Reed Brody, avocat (Etats-Unis) ; Elisabeth Caesens, directrice de l’ONG Resource Matters (Belgique) ; Sonia Delesalle-Stolper, cheffe du service international de Libération (France) ; Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (France) ; Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice (France) ; Mamadou Diouf, histoirien (Sénégal) ; Delphine Djiraïbé, avocate et militante des droits humains (Tchad) ; Olivier Dubois, journaliste indépendant (France) ; Maud-Salomé Ekila, militante d’Urgences Panafricanistes (RDC) ; Tiken Jah Fakoly, chanteur (Côte d’Ivoire) ; Mohamed Chérif Ferjani, politologue (Tunisie) ; Thomas Fessy, chercheur principal sur la RDC à Human Rights Watch (France) ; Damon Galgut, dramaturge et romancier (Afrique du Sud) ; Seydi Gassama, président de la Coalition des défenseurs des droits humains (Sénégal) ; Gauz, écrivain (Côte d’Ivoire) ; Yves-Laurent Goma, journaliste (Gabon) ; Mohamed Guèye, directeur de publication du journal Le Quotidien (Sénégal) ; Anton Harber, directeur de la Fondation Henry-Nxumalo et professeur adjoint de journalisme à l’Université de Witwatersrand (Afrique du Sud) ; Ibrahim Harouna, président de la Maison de la presse du Niger ; Antoine Kaburahe, directeur de publication de journal Iwacu (Burundi) ; Jimmy Kande, directeur de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique de l’Ouest et francophone (PPLAAF) ; Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (Asadho) et vice-président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH, RDC) ; Trésor Kibangula, analyste politique (RDC) ; Dismas Kitenge, président du groupe Lotus (RDC) ; Gérard Kwigwasa, secrétaire exécutif de l’association Héritiers de la justice (RDC) ; Ariane Lavrilleux, journaliste (France) ; Osvalde Lewat, écrivaine (Cameroun) ; Patient Ligodi, journaliste et enseignant en journalisme (RDC) ; Jean-Jacques Lumumba, lanceur d’alerte (RDC) ; Valery Madianga, journaliste et chercheur en finances publiques, coordinateur du Centre de recherche en finances en finances publiques et développement local (CREFDL, RDC) ; Andréa Magnim, journaliste (Togo) ; Bheki Makhubu, directeur de la rédaction The Nation (Eswatini) ; Jolino Malukisa, professeur à l’Université catholique du Congo (RDC) ; Mamane, humoriste (Niger) ; Bienvenu Matumo, chercheur en géographie et militant du mouvement citoyen La Lucha (RDC) ; Achille Mbembe, philosophe (Cameroun) ; François Mboke, président du Réseau des patrons de presse du Cameroun ; Kabongo Mbuyi, secrétaire exécutif de l’Observatoire de la liberté de la presse en Afrique (OLPA) ; Quinn McKew, directrice exécutive de l’ONG Article 19 (Etats-Unis) ; Zakes Mda, écrivain et poète (Afrique du Sud) ; Gyude Moore, chargé de recherches en sciences politiques du Center for Global Development et ancien ministre des travaux publics (Liberia) ; Jacqueline Moudeina, avocate (Tchad) ; Jean-Claude Mputu, porte-parole de la plateforme Le Congo n’est pas à vendre, lauréate des Anti-corruption Award 2023 (RDC) ; Pascal Mulegwa, journaliste, correspondant de Radio France internationale (RFI) à Kinshasa (RDC) ; Israël Mutala, président de l’Association des médias en ligne de la RDC ; Florimond Muteba Tshitenge, professeur et président du conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP, RDC) ; Haby Niakaté, rédactrice en chef de Brut Afrique ; Alice Nkom, avocate (Cameroun) ; Chidi Anselm Odinkalu, avocat, écrivain, professeur à la Fltecher School of Law and Diplomacy (Nigeria, Etats-Unis) ; Marc Ona Essangui, secrétaire exécutif de l’ONG Brainforest et troisième vice-président du Sénat de la transition (Gabon) ; Edwy Plenel, directeur et cofondateur du site d’information Médiapart (France) ; Anne Poiret, journaliste et réalisatrice, prix Albert-Londres 2007 ; Ahmed Rajab, journaliste, ex-rédacteur en chef de BBC en Swahili (Tanzanie) ; Sonia Rolley, journaliste et réalisatrice (France) ; Reporters sans frontières (RSF) ; Samira Sabou, journaliste et blogueuse (Niger) ; Sandrine Sawadogo, journaliste d’investigation (Burkina Faso) ; Denise Saye, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels de la presse en RDC et vice-présidente de l’Union des syndicats des professionnels de la presse et de la communication en Afrique centrale (RDC) ; Jean-Mobert Senga, avocat, chercheur pour la RDC à Amnesty International (RDC) ; Leïla Slimani, écrivaine (France) ; Jeffrey Smith, de l’ONG Vanguard Africa (Etats-Unis) ; Dominique Sopo, président de SOS Racisme (France) ; François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique ; Béatrice Soulé, directrice artistique et réalisatrice (France) ; Wole Soyinka, prix Nobel, écrivain (Nigeria) ; Jason Stearns, professeur à la Simon Fraser University (Etats-Unis) ; Véronique Tadjo, autrice (Cote d’Ivoire-France) ; Henri Thulliez, avocat au barreau de Paris, directeur de la PPLAAF ; Alioune Tine, fondateur du cercle de réflexion Afrikajom Center (Sénégal) ; Eric Topona, journaliste (Tchad) ; Mohamed Tozy, écrivain (Maroc) ; Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l’ONG Journaliste en danger (JED, RDC) ; Christophe Vogel, chercheur et écrivain (Allemagne) ; Joshua Walker, chercheur (Etats-Unis) ; Listowell Yesu Bukarson, président de la Fondation ghanéenne pour la presse (Ghana) ; Martin Ziguélé, ancien premier ministre (Centrafrique).

