Sommaire :
L’érosion du taux de syndicalisation
L’érosion du taux de syndicalisation au Canada au cours des quatre dernières décennies est souvent attribuée à l’image des syndicats. En 1981, le taux de syndicalisation s’élevait à 38 %, mais en 2022, il est tombé à 29 %. Les travailleurs ont du mal à s’identifier aux syndicats, qui sont perçus comme des organisations vieillissantes. Cela entraîne une réticence à s’engager dans ces organisations.
Impact des médias sociaux
Les médias sociaux offrent aux syndicats une opportunité de renouveau. Ces plateformes permettent une communication plus fluide avec les membres, l’adoption de nouvelles méthodes de mobilisation et la possibilité de toucher un public plus jeune et connecté. Cependant, les espoirs suscités par les médias sociaux pour redorer l’image des syndicats sont en partie déçus. Nos recherches révèlent quatre effets de distorsion que les médias sociaux peuvent avoir sur l’image des syndicats. Ces effets peuvent contribuer à revitaliser leur image publique, mais ils peuvent également les rendre invisibles.
Effet de division
Les médias sociaux peuvent accentuer les clivages entre les syndicats et les employeurs ou les gouvernements. La polarisation qui frappe la sphère politique se retrouve également en ligne. Les normes de communication sur les médias sociaux, marquées par une grande tolérance envers les postures virulentes, ainsi que la concurrence pour capter l’attention des utilisateurs, incitent certains syndicats à adopter des styles de communication clivants.
Tout à l’égo
Les médias sociaux encouragent les syndicats à mettre en avant de manière extrêmement positive leurs membres. Cette survalorisation s’explique par les règles algorithmiques des médias sociaux qui privilégient les contenus suscitant l’engagement. Cependant, cela peut conduire à des comportements autocentrés et à une tendance à célébrer les mérites des membres. Ce phénomène est plus prononcé dans les syndicats dont l’effectif est homogène et l’identité professionnelle forte.
Grossir ses traits jusqu’à la caricature
Pour alimenter régulièrement leurs comptes de médias sociaux, certains syndicats se retrouvent à exagérer certaines de leurs caractéristiques ou traits identitaires. La publication régulière de contenus routiniers de la vie syndicale peut conduire à une caricature de l’organisation. Les syndicats ayant une culture bureaucratique prononcée sont particulièrement susceptibles de s’autocaricaturer en ligne.
Noyés dans l’actualité
Les syndicats dont les gestionnaires de médias sociaux partagent principalement des articles de presse ou des republications risquent de brouiller leur image et de devenir invisibles. Le partage d’articles sans aucun lien explicatif avec le syndicat ou ses membres peut réduire leur visibilité numérique. Ce phénomène est plus courant chez les syndicats dont les responsables des médias sociaux manquent d’expertise ou dont le modèle de syndicalisme est axé sur la prestation de services plutôt que sur la mobilisation active des membres.
Les risques de l’invisibilité numérique
Les médias sociaux peuvent être à double tranchant pour les syndicats. La polarisation et l’égocentrisme peuvent augmenter l’engagement en ligne, tandis que la caricature et l’effacement réduisent les réactions. Les syndicats soumis à ces effets courent le risque d’être marginalisés et de perdre leur capacité à défendre les droits des travailleurs. Il est donc crucial pour les syndicats de trouver le bon équilibre entre l’engagement et la visibilité algorithmique pour redorer leur image en ligne.

