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Introduction à l’intelligence artificielle en journalisme
L’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans le journalisme présente à la fois des opportunités fascinantes et des défis préoccupants. Elle a montré son efficacité dans des situations comme celle où le New York Times a employé l’IA pour analyser des images satellites à Gaza, confirmant ainsi des frappes en zones civiles, ce qui leur a valu une reconnaissance majeure, notamment le prix Pulitzer.
En revanche, certaines applications de l’IA suscitent des inquiétudes, allant de la création de contenus trompeurs à la réduction des salariés dans des rédactions déjà mises à mal par de longues crises.
L’émergence d’outils d’IA générative
Depuis 2022, la rapidité avec laquelle les outils d’IA générative, tels que ChatGPT, ont été adoptés, a bouleversé le paysage médiatique. Notre équipe de chercheurs du département de gestion des ressources humaines de HEC Montréal a procédé à une enquête auprès de 400 journalistes en fin 2024, identifiant cinq enjeux principaux qui définissent l’avenir de la profession.
HEC Montréal
HEC Montréal est une école de gestion prestigieuse au Canada, offrant des programmes académiques de premier plan et menant des recherches innovantes, notamment sur les applications de l’IA dans divers secteurs.
Enjeu #1 : Fracture générationnelle dans l’usage de l’IA
Dans de nombreuses rédactions, deux journalistes sur trois ont déjà fait usage de l’IA, et un tiers s’en sert régulièrement. Cependant, cette adoption est inégale : les jeunes journalistes et les travailleurs indépendants en sont les utilisateurs les plus fréquents, créant ainsi un fossé potentiel entre les journalistes plus établis et les nouveaux venus dans la profession.
Enjeu #2 : Partage des gains de productivité
En utilisant l’IA, les journalistes rapportent des bénéfices substantiels, notamment en termes de gain de temps et de qualité de travail. Toutefois, une question persiste : qui bénéficiera réellement des économies de temps ? Seront-elles utilisées pour produire un meilleur contenu, ou simplement pour en produire plus ? Et ces gains profiteront-ils véritablement aux journalistes ?
Enjeu #3 : Diminution du développement des compétences
L’IA générative pourrait conduire à une dépendance excessive, surtout chez les jeunes journalistes. En déléguant des tâches critiques à l’IA, il existe un risque d’érosion des compétences et de diminution de l’effort intellectuel, un phénomène déjà observé dans d’autres secteurs professionnels.
Enjeu #4 : Baisse de la vigilance éthique
Les craintes liées aux technologies de l’IA ne sont pas uniformément réparties. Les non-utilisateurs de l’IA expriment des préoccupations plus importantes, tandis que ceux qui l’utilisent régulièrement semblent relâcher leur vigilance éthique. Notamment, ceux se déclarant le plus dépendants sont souvent les moins inquiets.
Enjeu #5 : Nécessité d’une régulation adéquate
Alors que des politiques claires sur l’usage de l’IA sont absentes dans de nombreuses rédactions, il est évident que leurs mises en œuvre influenceraient l’utilisation de ces outils. Il est crucial de développer des régulations pour canaliser cette innovation de manière éthique et bénéfique pour tous.
Conclusion et perspectives pour le journalisme
Face aux transformations rapides induites par l’IA générative, il est impératif de créer des cadres solides pour réguler son usage dans le journalisme. Bien qu’elle puisse améliorer la qualité et l’efficacité, elle risque également d’accentuer les précarités et les inégalités.
Contribution spéciale de Xavier Parent-Rocheleau, Nicolas Turcotte-Légaré, Marie-Claude Gaudet et Antoine Bujold à ce rapport.

