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Les révélations du Montréal Campus
Les révélations du Montréal Campus selon lesquelles le professeur de journalisme à l’UQAM Patrick White a signé des articles commandités sur son blogue, dont certains renvoyaient vers des sites de casino en ligne et d’escortes, ont eu l’effet d’une bombe dans le milieu journalistique québécois. Des étudiants estiment désormais que l’université devrait revoir ses protocoles de recrutement et son enseignement de la déontologie.
Un professeur de journalisme controversé
« Patrick White tient ce blogue depuis presque vingt ans. Comment ça se fait qu’on ne se soit pas rendu compte de ces pratiques-là avant ? Il y a un mea culpa à faire de ce côté-là », soutient Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l’UQAM. M. Roy remplacera M. White à titre de responsable du programme de journalisme, tandis que ce dernier a obtenu un congé sans solde pour l’année 2024.
Celui qui enseignait le journalisme à l’Université de Québec à Montréal (UQAM) depuis 2019 était pourtant considéré comme une figure de proue du monde des médias. Ancien journaliste et cadre à La Presse canadienne, à l’agence Reuters ainsi qu’au Journal de Québec et fondateur du HuffPost Québec, il commentait régulièrement l’actualité sur plusieurs tribunes.
Il y a assurément un malaise parmi les étudiants [quant à l’idée que M. White continue à enseigner]
Or, jeudi, le journal étudiant de l’UQAM, le Montréal Campus, a révélé que M. White a signé au moins 113 articles commandités sur son site patwhite.com — une pratique qui contrevient aux règlements de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Une soixantaine de ces articles menaient vers des sites de jeux en ligne. Un site de rencontre d’escortes ukrainiennes et un site de service de plagiat de devoirs ont aussi été référencés sur d’autres pages.
« Conflit d’intérêts »
Bien que ces textes étaient identifiés comme étant du « contenu de marque », c’est-à-dire du contenu publicitaire commandité sous la forme d’articles, plusieurs d’entre eux étaient accompagnés d’une photo de M. White, ou carrément signés en son nom, ce qui fait qu’ils s’apparentaient à des textes journalistiques.
Lundi, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a suspendu la carte de membre associé de Patrick White. Elle décidera en janvier si elle la révoquera. De son côté, la Tribune de la presse de l’Assemblée nationale, qui le comptait parmi ses membres honoraires, prendra une décision sur son statut lors de la prochaine réunion de son conseil d’administration, a confirmé son président, Olivier Bossé.
« Les faits qui ont été exposés sont assez troublants, affirme Éric-Pierre Champagne, président de la FPJQ. Non seulement M. White a signé des textes publicitaires, ce qui le place en situation de conflit d’intérêts, mais il forme aussi les journalistes de demain. […] On va quand même attendre de voir les explications qu’il va donner avant de prendre une décision finale. »
Vendredi matin, M. White a écrit sur sa page Facebook qu’il reconnaît qu’il a « commis une erreur en acceptant des liens commandités sur le site ». « Je n’aurais jamais dû y associer mon nom et mon image. […] Je le regrette aujourd’hui, j’en prends l’entière responsabilité et le site est maintenant fermé de façon définitive. »
« Malaise » à l’UQAM
Gabrielle Fallu, une étudiante en journalisme à l’UQAM, a cosigné l’article du Montréal Campus qui a mis en lumière les pratiques du professeur. Elle a reçu des dizaines de réactions de lecteurs consternés. « Il y a assurément un malaise parmi les étudiants », dit-elle, quant à l’idée que M. White continue à enseigner.
Ce dernier devra prendre une décision quant à son avenir professionnel pendant son congé. Jean-Hugues Roy n’a pas voulu se prononcer sur ce dossier. Il reconnaît toutefois que « les pratiques qui ont été exposées contreviennent à des codes de déontologie qui sont enseignés aux étudiants ».
William Gemme, étudiant en journalisme à l’UQAM et responsable des communications de son association étudiante, affirme que la nouvelle a été reçue comme « une onde de choc ». Que Patrick White reste en poste ou non, « il y a une perte de confiance à son égard ». S’il revient, « il devra parler ouvertement aux étudiants et rebâtir sa crédibilité. »
L’étudiant appelle l’université, au nom de son association, à revoir ses protocoles de recrutement et son enseignement de la déontologie, afin de « s’assurer que les professeurs soient aussi compétents que possible ». « On a déjà un cours sur la déontologie, mais on pourrait peut-être approfondir [la question des contenus publicitaires] et l’étudier avec des exemples concrets comme celui-ci. »
Jean-Hugues Roy soutient que l’université va « probablement » devoir revoir ses pratiques d’embauche à la lumière de ces événements. « J’étais responsable du programme quand il a été recruté. On a fait certaines vérifications, mais on lui faisait aussi confiance. »
Jenny Desrochers, directrice à la division des relations avec la presse de l’UQAM, précise « qu’un comité d’embauche constitué par le département ou l’école est précisément mandaté pour faire une évaluation approfondie des candidatures ». « Une enquête interne est en cours » et « des mesures concrètes ont été prises en réponse à cette situation », ajoute-t-elle, sans préciser lesquelles.

