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Drame du barrage de Malpasset : un bilan effroyable
C’est un drame au bilan effroyable qui a été abondamment documenté par la presse locale, nationale et internationale.
Le 2 décembre 1959, le barrage de Malpasset cédait brutalement, laissant échapper 50 millions de mètres cubes d’eau qui allaient ravager la commune de Fréjus, semant la désolation et entraînant la mort de plus de 400 personnes.
Dans le salon de chaque Français
Une catastrophe qui entra directement dans les foyers des Français, via les journaux, magazines, émissions de radio… Mais aussi grâce à la toute jeune télévision.
Dès les instants qui ont suivi le drame et durant des mois, la presse s’est attachée à relater de manière crue et réaliste cette catastrophe ainsi que les destins brisés des victimes. Elle a donné de la visibilité aux sinistrés.
Bref, elle a joué à plein son rôle et les membres de l’association ACC Malpasset ont choisi d’organiser une exposition mettant en lumière l’aspect médiatique du drame.
Présentée au sein d’un lieu symbolique (la Maison des Arts de Fréjus, bâtiment par lequel beaucoup de cercueils de victimes ont transité en 1959), elle présente des Unes de journaux et des photos de presse.
Des coupures pour des blessures
L’une des premières choses qui frappent le visiteur qui circule entre les panneaux reproduisant le papier jauni des coupures de journaux, c’est le nombre de titres de presse écrite existant à l’époque.
Nice-Matin, L’Espoir, le Méridional, le Provençal… Dès le 3 décembre, chacun de ces journaux étalait en Une un cliché des destructions et un premier bilan humain (qui s’est forcément alourdi, au fil des jours).
« Le barrage a été littéralement pulvérisé, le lac s’est entièrement vidé et la région de Fréjus n’est plus qu’une immense étendue de boue rougeâtre », publie L’Espoir, dès le jeudi 3 décembre.
L’autre appel du Général de Gaulle
Ce même jour, tous les titres diffusent un même appel à la solidarité émanant du Général de Gaulle. « Devant la catastrophe qui frappe le Var, doit se manifester une solidarité nationale, pouvait-on y lire. Les Françaises et les Français auront à cœur, j’en suis sûr, de porter secours à celles et ceux qui sont dans la peine ».
Les témoignages de Fréjusiens ayant tout perdu ainsi que les images de cercueils alignés sur la place Paul-Vernet joueront un rôle déterminant.
Dans les pages des quotidiens, on réserve des espaces permettant aux familles de donner et de recevoir des nouvelles de leurs proches.
Expliquer l’impensable
Quelques jours plus tard, spécialistes et scientifiques sont sollicités par les journalistes pour apporter des explications à l’impensable.
Des experts s’engagent alors pour faire progresser la sécurisation de ces ouvrages. Comme le professeur Marcel Roubault qui, dans les colonnes de Nice-Matin, révélait dès le 6 décembre qu’« aucun texte législatif n’impose, pour la construction des barrages, les études géologiques préalables qui sont indispensables ».
Choc des images… aériennes
En 1959, des clichés déchirants ont permis aux lecteurs des journaux français de se rendre compte des drames vécus par la population fréjusienne.
Clichés de maisons à la façade arrachée, de carcasses de voitures empilées. Autre particularité de la couverture de la catastrophe de Malpasset; le recours novateur et massif à l’image aérienne donnant une idée précise de la désolation.
Des images dignes d’un bombardement
Dans l’édition du 4 décembre 1959 de Nice-Matin, un cliché pris depuis le ciel présente les arènes antiques de la ville, frappées par les flots.
En guise de légende, on pouvait lire ceci: « Les arènes romaines ont résisté à la terrible poussée des eaux et dévié vers l’Ouest le flux, sauvant ainsi une grande partie de la ville. »
Clichés et films (en noir et blanc) pris par avion ou hélicoptères donnaient à la ville des allures de ville bombardée. Des images traumatisantes que beaucoup se refusaient à voir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
On imagine aisément la tristesse des familles les découvrant, dans leur salon, les images de la tragédie.
Histoires singulières
Certaines des histoires relatées par la presse sont devenues emblématiques.
Comme celle de cette jeune femme enceinte dont le fiancé trouva la mort et qui sera autorisée à l’épouser à titre posthume. Le mariage posthume sera d’ailleurs inscrit dans le Code civil dès l’année 1959, grâce à l’intervention d’Yvonne de Gaulle.
Également documentée, l’histoire de la jeune Simone Mercier (née Infantolino, devenue présidente de l’association du cinquantenaire de la catastrophe de Malpasset) et ses deux frères Louis et Michel.
Ayant tout perdu dans la catastrophe, ils avaient été reçus en Iran par l’impératrice Farah Diba Pahlavi (qui épousera le Shah la même année).
Enfin, l’histoire du capitaine de gendarmerie René Blazy, mort frappé par un rotor d’hélicoptère dans les premiers instants de la catastrophe alors qu’il tentait de sauver des victimes, est restée dans la mémoire des Fréjusiens.

