Sommaire :
Sa playlist
Bertrand Bonello nous fait découvrir ses coups de cœur, les musiques qui l’accompagnent tout le temps, ses chansons et artistes préféré.e.s et nous raconte, le temps d’une émission sur France Inter.
Plongée intime dans la Playlist de son univers.
John Barry « The Persuaders »
Il m’était impossible de débuter ma radio, sans passer la musique de la série d’Amicalement vôtre ou The Persuaders en anglais de John Barry. Je me souviendrai toute ma vie du générique avec le split screen avec Roger Moore d’un côté, Tony Curtis de l’autre : une vraie madeleine. Au-delà du fait que je trouve le morceau merveilleusement orchestré, mélangeant des sonorités qui n’avaient quasiment jamais été mélangées : une basse un peu soul et un cymbalum, il me ramène à l’enfance. D’ailleurs, c’est un morceau que j’ai mis dans mon film Nocturama. À la fin du film, des adolescents sont à deux doigts de se faire abattre par le GIGN parce qu’ils ont commis des attentats, et je voulais qu’ils mettent un disque. Ils le mettent dans la scène qui les ramène aussi à l’enfance comme quelque chose qui pourrait protéger quelque part avant de mourir.
Lee Moses « Bad Girl »
Bad Girl de Lee Moses figure dans le générique de fin de mon film L’Apollonide. L’écriture de ce film a été nourrie par l’écoute de soul music qui reste pour moi peut-être la musique la plus émouvante et déchirante parce qu’elle ramène à tellement de choses qui vont jusqu’à l’esclavage. Ce sont souvent des groupes très peu connus qui enchaînent les morceaux, qui sont des singles avec des voix extraordinaires dont on n’entend plus jamais parler. On ne connaît que les stars, mais il y a une telle profusion de chefs d’œuvre et celui-ci en est un. C’est un chanteur qui n’a fait qu’un seul album. J’ai eu d’ailleurs énormément de mal pour avoir les droits pour le film parce qu’on ne retrouvait même plus le label qui l’avait édité.
Alain Bashung « Un âne plane »
Alain Bashung manque cruellement, je trouve, au paysage de la chanson française. J’ai choisi Un âne plane, un titre pas très connu, extrait de Chatterton. Un album dans lequel il était obsédé par la recherche d’une invention et d’une méthode qui avaient été utilisées par Talk Talk pour Laughing Stock, peut-être l’album qui a le plus marqué les musiciens. Il invitait énormément de musiciens en studio où il est resté peut-être un an. Et c’est ce qui est incroyable avec Bashung, c’est qu’à la fois, il a su rester populaire, c’est un album dans lequel il y a Ma petite entreprise qui est un énorme tube et en même temps, il n’a jamais lâché sur inventer des nouvelles formes, essayer d’expérimenter.
Robert Schumann « Sonate n°1 en fa dièse min op 11 Introduzione »
Quand j’étais enfant, j’allais à l’école le matin et l’après-midi, j’étais exempté pour faire du piano, j’avais tous les jours 2 h de cours particuliers. Quand j’avais sept-huit ans, j’avais un compositeur totalement fétiche qui est Robert Schumann et je rêvais d’absolument tout jouer de lui. Schumann écrivait pour sa femme Clara, pianiste et qui avait de très grandes mains, ce qui n’est pas mon cas. Donc il y a des œuvres que je ne pouvais malheureusement pas aborder, dont celle qui me touche le plus et que je continue à écouter très régulièrement, qui est la sonate pour piano numéro un, et notamment ce premier mouvement qui est un grand romantisme et d’une grande modernité.
Les Innocents « Un monde parfait »
Avant de faire du cinéma, j’étais musicien de studio et avant d’être musicien de studio, j’étais roadie, celui qui porte les caisses et qui accorde les instruments. Et quand je suis arrivé à Paris à 18 ans, je suis devenu roadie du groupe Les Innocents, que j’ai donc suivi en tournée pendant deux ans et dont j’ai vu peut-être 80 ou 90 concerts. Un monde parfait, c’est un morceau qui me touche beaucoup d’ailleurs, c’est un de mes préférés de leur répertoire et qui ouvrait avec beaucoup d’énergie et de mélodies souvent leur concert.
Nino Rota « The godfather »
C’était difficile d’imaginer une programmation sans mettre une musique de film. Et donc j’ai choisi quelque chose de pas très original, mais c’est aussi la marque des très grandes musiques d’être aimées de tous. C’est aussi probablement la musique d’un film qui m’a accompagné toute ma vie, que je regardais beaucoup avec mon père et que je continue à voir et qui reste pour moi, peut être le film avec lequel j’ai le rapport le plus intime, notamment sur les liens avec la famille. Et c’est donc la musique que Nino Rota a fait pour Le Parrain.
Massive Attack « Angel »
J’ai choisi un groupe qui a été un immense choc esthétique quand il est arrivé. C’était surtout une année, une ville : Bristol et quelques groupes Portishead, Tricky et Massive Attack. Choc esthétique parce que c’est aussi le moment où arrivent réellement les home studio et les musiciens commencent à travailler de manière très différente, beaucoup plus libre, sans avoir les mêmes comptes à rendre aux labels ou aux maisons de disques. Alors j’ai choisi Angel qui n’est pas un morceau de leur premier album, mais même 25 ans après, il sonne toujours aussi moderne.
Nicole Louvier « Qui me délivrera »
C’est pour moi, peut-être la plus belle chanson française jamais écrite. Elle date de 1953, Qui me délivera de Nicole Louvier. Le texte est d’une infinie modernité. Je pense que le morceau avait été censuré à l’époque à la radio parce que je crois qu’elle avait écrit pour une femme. C’est elle qui joue de la guitare, c’est simplissime et c’est magnifique.
Julee Cruise « Mysteries of love »
Un morceau, ce n’est pas qu’une chanson, ça peut être aussi un son. Et il y a des albums, des artistes qui inventent des sons dans lesquels on aime s’engouffrer et avec lesquels on aime vivre. Et c’est le cas pour moi avec cette chanson Mysteries of love et d’ailleurs avec tout l’album orchestré par Angelo Badalamenti, le compositeur des musiques de film de David Lynch. Le texte est de David Lynch et à la voix, Julee Cruise.
DJ Plastikman « Contain »
Je vous propose d’écouter peut-être le son qui m’impressionne le plus : Contain de DJ Plastikman. C’est un sommet pour moi de l’électro minimal. Rarement on est allés aussi loin dans le minimal et c’est vraiment aller aussi loin à l’intérieur de soi-même. Richie Hawtin qui a composé ce morceau sous le nom de Plastikman, quand il en parle, c’est quasiment de l’électroacoustique tellement c’est physique. C’est de la pulsation, de la sensation avec très peu de choses, mais ce très peu de choses, c’est en fait vraiment tout.
Son actu
Le film « La Bête » : Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s’en débarrasser, Gabrielle (Léa Seydoux) doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis (Georges MacKay), son grand amour. Mais une peur l’envahit, le pressentiment qu’une catastrophe se prépare.
La bande originale du film La Bête composée par Bertrand et Anna Bonello est disponible chez Love Theme Music, tout comme Sound of Bonello, l’anthologie des bandes originales de Bertrand Bonello.
La musique occupe une place déterminante dans toute la filmographie de Bertrand Bonello, qui a débuté sa carrière comme musicien, mais c’est la première fois qu’elle fait partie intégrante du récit. Enregistrées pour la plupart pendant l’écriture du scénario, les compositions offrent une large palette de couleurs et de sons. Elle nous plongent dès le prologue dans une cinéma de genre; nous envahissent de peur, de mélancolie; et nous extasient lors de nombreuses scènes de club, comme souvent dans son cinéma.
En savoir plus
Sa page Facebook

