### Une lutte contre l’antisémitisme sur les réseaux sociaux
Le 6 novembre dernier, le compte « StopAntisemitism » publie sur X (ex-Twitter) la vidéo d’une jeune femme dans les rues de New York déchirant des affiches montrant des otages du Hamas. Rapidement et grâce à la mobilisation des internautes, elle est identifiée : son nom est diffusé ainsi que plusieurs informations sur sa vie personnelle. Le lendemain, le compte annonce qu’elle a été remerciée par son employeur.
### La montée des actes antisémites et l’association « Stop Antisemitism »
Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre et l’explosion des actes antisémites qui a suivi dans plusieurs pays occidentaux, des dizaines de personnes aux États-Unis ont subi le courroux de ce compte tenu par une association américaine de lutte contre l’antisémitisme. Fondée en 2018, « Stop Antisemitism » se définit comme une « organisation de surveillance populaire » dont l’objectif est de « dénoncer les groupes et les individus qui prônent l’incitation à la haine envers le peuple et l’État juifs ».
### L’augmentation des signalements
« Nous avons enregistré une augmentation de 1 500 % des signalements depuis le 7 octobre », a récemment livré Liora Rez, la directrice exécutive de l’association dans une interview au média israélien Ynet.
### Des personnes mises en cause pour des actes antisémites
Les raisons pour lesquelles les personnes se retrouvent épinglées par son compte, suivi par près de 260 000 abonnés, sont variables. Certains ont posté des publications jugées antisémites sur les réseaux sociaux, comme cette mannequin new-yorkaise accusée d’avoir comparé Israël à l’Allemagne nazie. D’autres, sont reconnues dans des vidéos en train de proférer des insultes ou effectuant des saluts nazis. Mais la majorité sont surprises en train de déchirer des affiches d’otages du Hamas collées dans les rues de New York ou Washington.
### Le pouvoir du « name and shame »
Cette pratique n’est pas nouvelle. Elle a même un nom : le « name and shame » (« nommer et couvrir de honte »). Elle consiste à la base à nommer publiquement une entreprise agissant de manière fautive ou malhonnête. Avec l’avènement des réseaux sociaux, cette méthode s’est élargie aux individus et a fait ses preuves lors du mouvement #MeToo. Elle a depuis été adoptée par plusieurs associations séduites par ses effets redoutables et immédiats.
### Les conséquences et les débats autour de cette pratique
« Notre objectif est de faire en sorte que le comportement antisémite des personnes mises en cause ait des conséquences (…), cette empreinte numérique les suivra toujours. Qu’il s’agisse d’un futur employeur ou d’une personne qu’ils fréquentent, tout le monde googlise tout le monde », explique Liora Rez dans son interview à Ynet. Une méthode extrême qui entraîne parfois une réaction en chaîne. Deux jeunes filles épinglées par le compte après avoir été filmées à New York arrachant des portraits d’otages du Hamas se sont retrouvées le 2 novembre en une du journal américain The New York Post.
### Les questions juridiques autour du « name and shame »
En France, il est possible de poursuivre quelqu’un pour « atteinte au droit à l’image » à condition que l’information diffusée n’ait pas d’intérêt pour la société (dans ce cas elle est défendue par « le droit d’informer »). « Dans le cas de ces deux jeunes filles, le droit à l’information peut l’emporter sur le droit à l’image en raison de l’actualité internationale et du débat qu’elle suscite. Mais plus le temps va passer, plus le droit à l’image va reprendre de l’importance et finir par l’emporter sur le droit à l’information », explique Étienne Deshoulière, avocat au barreau de Paris. « Dans quelques années, ces images pourront faire l’objet d’une demande de suppression. C’est ce qu’on appelle le droit à l’oubli numérique », poursuit-il. Aux États-Unis, pays très attaché à la liberté d’expression, il existe également un délit de « divulgation de faits privés » mais il est plus dur d’obtenir réparation. En outre, le droit à l’oubli numérique n’existe quasiment pas outre-Atlantique.
### Les débats sur la lutte contre l’antisémitisme
« Je pense que lorsque des personnes arrachent des affiches de civils otages d’une organisation terroriste barbare, trois semaines après le 7 octobre, en pleine journée et en plein cœur de Manhattan, elles le font en connaissance de cause », justifie pour sa part Romain. Alors que le conflit au Proche-Orient divise l’opinion publique dans de nombreux pays, la manière de lutter contre l’antisémitisme est elle aussi sujette aux débats.

