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Les discours d’extrême droite à la télévision française
Les discours d’extrême droite et les contre-vérités ont pignon sur rue à la télévision française. Entre le 4 et le 10 décembre 2023, CNews a pris la première place du classement Médiamétrie, qui mesure l’audience du paysage audiovisuel de Outre-Quiévrain.
Un modèle inspiré de Fox News
Des plateaux télé où le journaliste “chef d’orchestre” et les invités donnent leur opinion sur l’actualité, sans systématiquement respecter la réalité factuelle des choses… C’est un modèle inspiré de la chaîne américaine Fox News, d’après Benoît Grevisse, professeur en journalisme à l’UCLouvain : “On connaît les règles de Fox News. C’est un engagement radical dans l’opinion, avec un certain nombre d’outrances par rapport au devoir déontologique classique, notamment du respect de la vérité. Il y a parfois des libertés qui sont prises par rapport aux faits et une opinion omniprésente avec parfois des débordements à plusieurs reprises sanctionnés par l’Arcom (NdlR : ex-CSA en France).”
Une sanction pécuniaire pour incitation à la haine
L’une de ces sanctions pécuniaires de l’ex-Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, une amende de 200 000 euros pour incitation à la haine, est basée sur les propos d’Eric Zemmour le 29 septembre 2020. Cette homme politique a qualifié les mineurs isolés étrangers de “voleurs”, “assassins” et de “violeurs”, comme le mentionne Libération. “Une émission comme celle de Cyril Hanouna relève du même processus de prise de liberté entre les genres de l’information et d’autres genres. En France, le modèle le plus critiqué est celui de Pascal Praud (CNews), qui obtient paradoxalement de très bons résultats, des plateaux dans lesquels on commente tout et n’importe quoi avec un rapport à la vérité qui est très élastique. C’est là où il y a le plus d’excès que le succès est le plus élevé”, explique encore notre interlocuteur.
Une influence de CNews en Belgique ?
“La Belgique a un modèle plus consensuel, moins polémique dans le traitement de l’information, comme dans le champ des affrontements politiques. On l’explique avec la triple division du territoire, de type linguistique, politique et philosophique qui fait qu’on est condamnés à s’entendre”, contextualise Benoît Grevisse.
« … Je pense aussi que la montée des extrêmes à droite comme à gauche finira probablement par poser la question de la pertinence du concept. »
La Belgique francophone dispose d’un outil bien connu pour lutter contre les discours extrémistes de droite, le cordon sanitaire médiatique. Mais l’unanimité autour de son maintien a tendance à être questionnée, d’après notre spécialiste : “Récemment, il y a eu un portrait de Tom Van Grieken dans la revue belge Wilfried. Sur le terrain politique, George-Louis Bouchez avait récemment été pointé du doigt pour ses interventions dans le débat politique en Flandre, avec l’extrême droite. On voit que ce concept-là a été légèrement fragilisé, mais je pense aussi que la montée des extrêmes à droite comme à gauche finira probablement par poser la question de la pertinence du concept”, suggère-t-il.
Le paradoxe du journalisme décrié et plébiscité
La confiance de l’opinion publique envers les médias s’érode en France comme en Belgique, d’après le rapport Reuters, qui analyse le journalisme chaque année. Ce constat est un paradoxe avec l’attrait pour les chaînes de télévision française et leur tendance aux chroniqueurs à jouer les influenceurs, ce que corrobore le professeur de l’UCLouvain : “On a l’air de se satisfaire d’une confusion entre les deux fonctions fondamentales du journalisme, l’un étant le rapport aux faits et l’autre, la liberté d’expression et des opinions. C’est un genre qui plaît aux gens. Ça rejoint aussi le mode d’expression des réseaux sociaux, où nous nous trouvons dans la subjectivité, l’affirmation de soi, une sorte de violence des propos et d’auto-centration, plutôt que par une représentation du monde qui est confiée à une institution. Ils (NdlR : l’animateur Pascal Praud et les influenceurs des réseaux sociaux) ont en commun de faire une grande confusion entre la prétention à rapporter le monde honnêtement, le devoir de vérité, et l’opinion. Celle-ci est tout à fait légitime, mais la subjectivité ne peut pas prendre la place de la prétention à rapporter le monde de manière honnête », termine Benoît Grevisse.

