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Le journaliste baroudeur Tiziano Terzani
Il est de la trempe des Ryszard Kapuscinski, des Nicolas Bouvier ou des Martha Gellhorn (la première femme reporter de guerre). Célèbre journaliste baroudeur, Tiziano Terzani (1938-2004) fut à la fois une grande gueule et une grande figure du reportage. Sur une photo, on le voit descendre d’un train russe hors d’âge. Il est vêtu de blanc, comme toujours, ses deux Leica autour du cou. On le reconnaît aussi à ses sourcils fournis « comme ceux de Zhou Enlai », le premier ministre de Mao. Ainsi qu’à ses moustaches emblématiques devenues, disait-il, « une part de [lui]-même » – il les portait depuis 1968, quand Richard Nixon remporta les élections américaines et qu’il perdit un pari avec un étudiant de l’université Columbia (New York).
Son parcours en Asie
Né à Florence, l’homme fut, pendant près de trente ans, le correspondant vedette, en Asie, du journal allemand Der Spiegel. A ce titre, il couvrit la chute de Saïgon, le génocide cambodgien, la répression de Tiananmen… Il avait cru aux révolutions mais en était revenu. Tour à tour basé à Singapour, Hongkong, Pékin, Tokyo, Bangkok et Delhi, il s’était, à la fin de sa vie, imprégné et nourri de sagesse extrême-orientale. Après La fin est mon commencement (Les Arènes/Intervalles, 2008, repris en Points sous le titre Le Grand Voyage de la vie. Un père raconte à son fils [2010]), après Un devin m’a dit. Voyages en Asie (2010), Un autre tour de manège (2015) et Lettres contre la guerre (2015), dont une première traduction avait été publiée en 2002 chez Liana Levi, après enfin Bonne nuit, Monsieur Lénine (2022), les éditions Intervalles poursuivent la réédition de ses ouvrages. La parution d’En Amérique. Chroniques d’un monde en révolte (1967-1968) est l’occasion de revenir sur quelques-uns des grands thèmes qui irriguent son œuvre.
Son approche artistique
C’est bien normal, quand on s’appelle Tiziano – comme Tiziano Vecellio, dit « Titien » (1488-1576) –, d’avoir l’œil et la patte d’un grand peintre. Dans La fin est mon commencement, Terzani explique ce qu’il a toujours tenté de faire dans ses livres et même dans ses articles. « Je voulais, dit-il, raconter aux autres les images qu’ils ne voyaient pas, les sons qu’ils n’entendaient pas, les odeurs qu’ils ne sentaient pas. » Raconter des images, des odeurs et des sons, s’adresser en priorité aux sens de ses lecteurs : pour Terzani, la recherche de la vérité dans l’écriture n’est pas la quête d’une pseudo-objectivité. Est vraiment authentique ce qui est peint « avec le cœur, en s’impliquant », disait-il en assumant pleinement le côté naïf ou enfantin de cette assertion.
Peinture avec le cœur
Cette approche artistique de Terzani lui permettait de raconter les histoires d’une manière immersive, en capturant les détails sensoriels qui échappent souvent à l’observateur. Il cherchait à transmettre aux lecteurs les expériences visuelles, auditives et olfactives qui caractérisent un lieu ou un événement. Pour lui, la véritable authenticité de l’écriture réside dans la capacité à peindre avec le cœur, en s’impliquant sincèrement dans le récit.
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