Sommaire :
«Qu’un début»
En tant que chauffeur des «Junglers», groupe paramilitaire chargé d’intimider ou d’éliminer toute forme d’opposition, il a participé à des assassinats dans son pays entre 2003 et 2006, dont celui du correspondant de l’AFP Deyda Hydara, abattu par balles le 16 décembre 2004. Son fils, Baba Hydara, présent à Celle, a qualifié le jugement d’«important» pour les victimes de la dictature, mais estimé auprès de l’AFP que ce n’était «qu’un début».
Deyda Hydara a été rédacteur en chef et cofondateur du journal indépendant The Point, et correspondant de l’AFP pendant plus de 30 ans. Ce père de quatre enfants avait également été correspondant pour l’ONG Reporters sans frontières (RSF) et était considéré comme un doyen parmi les journalistes de ce petit État d’Afrique de l’Ouest.
Se félicitant de ce jugement, le directeur de l’information de l’AFP, Phil Chetwynd, estime qu’il «constitue un premier pas pour établir toutes les responsabilités dans l’assassinat de Deyda Hydara» qui a «payé de sa vie son combat pour la liberté de la presse».
Le jugement rendu jeudi «est le premier reconnaissant que des crimes contre l’humanité ont été commis par Yahya Jammeh», a déclaré Patrick Kroker, l’avocat de Deyda Hydara.
Compléments d’informations
Le correspondant de l’AFP Deyda Hydara a été assassiné par balles le 16 décembre 2004. Il était rédacteur en chef et cofondateur du journal indépendant The Point, correspondant de l’AFP et doyen des journalistes en Gambie.
Le jugement rendu est considéré comme un premier pas pour établir la responsabilité de Yahya Jammeh dans l’assassinat de Deyda Hydara, et reconnaissance que des crimes contre l’humanité ont été commis par l’ancien dictateur.
Interview radiophonique
Le tribunal a fait une demande, restée sans réponse, auprès des autorités gambiennes afin qu’elles l’assistent dans ses poursuites, a précisé le juge Ralf Günther.
Il a toutefois pu réunir suffisamment de preuves contre le Gambien, y compris des photos le montrant en uniforme militaire et une interview radiophonique en 2013 où il avait livré un rapport détaillé des crimes et de leur exécution.
L’intéressé a affirmé par la suite avoir menti lors de cet entretien et avoir seulement voulu faire comprendre à ses concitoyens la cruauté du régime de Yahya Jammeh. Réfugié en Allemagne depuis 2012, il avait été interpellé à Hanovre en mars 2021.
Compléments d’informations
Le tribunal a fait une demande d’assistance auprès des autorités gambiennes, mais n’a pas reçu de réponse.
Le Gambien a été confondu par des preuves, dont des photos où il apparaît en uniforme militaire, ainsi que par une interview radiophonique datant de 2013 dans laquelle il détaille les crimes commis.
L’accusé a par la suite affirmé avoir menti lors de cette interview et avoir voulu dénoncer la cruauté du régime de Yahya Jammeh.
Compétence universelle
Son procès a été possible car l’Allemagne se reconnaît une compétence universelle pour certains crimes graves en vertu du droit international, qui lui permet de juger sur son sol des suspects indépendamment de leur nationalité ou du lieu où les crimes présumés ont été commis.
Outre le meurtre de Deyda Hydara, le Gambien a été condamné pour son implication dans une tentative de meurtre d’Ousman Sillah, un avocat, d’Ida Jagne et de Nian Sarang Jobe, qui travaillaient pour le journal cofondé par Hydara, et pour le meurtre d’un ancien soldat gambien, Dawda Nyassi.
Se félicitant également du verdict en Allemagne, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York a estimé que «la justice ne prévaudra que lorsque (le dictateur Yahya) Jammeh sera extradé de son exil en Guinée équatoriale et fera face à des accusations devant le tribunal pénal spécial de Gambie».
Parmi les autres procédures en cours hors Gambie figure celle de Ousman Sonko, ex-ministre de l’Intérieur, qui est poursuivi en Suisse depuis 2017 pour crimes contre l’humanité.
Le gouvernement gambien a de son côté annoncé en février œuvrer avec l’organisation des Etats ouest-africains à la mise sur pied d’un tribunal chargé de juger les crimes commis sous les quelque 22 ans de règne de l’ancien dictateur.
La tâche s’annonce ardue étant donné que l’ancien président vit en exil en Guinée équatoriale, pays avec qui la Gambie n’a aucun accord d’extradition.
Il s’agit d’un des gros dossiers sur le bureau d’Adama Barrow, qui a succédé à Yahya Jammeh à la tête du plus petit pays d’Afrique continentale à la faveur d’une victoire surprise à la présidentielle de 2016.
Compléments d’informations
L’Allemagne se reconnaît une compétence universelle pour certains crimes graves, ce qui lui permet de juger des suspects indépendamment de leur nationalité ou du lieu des crimes présumés.
En plus du meurtre de Deyda Hydara, le Gambien a été condamné pour sa participation à d’autres crimes, dont une tentative de meurtre et un meurtre, liés à des employés du journal.
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York estime que la justice prévaudra seulement lorsque Yahya Jammeh sera extradé de la Guinée équatoriale et jugé devant le tribunal pénal spécial de Gambie.
En plus de l’affaire actuelle en Allemagne, il y a d’autres procédures en cours, notamment celle de Ousman Sonko poursuivi en Suisse pour crimes contre l’humanité.
Le gouvernement gambien travaille à la mise en place d’un tribunal pour juger les crimes commis lors de la dictature de Yahya Jammeh, mais l’exil de l’ancien président en Guinée équatoriale complique les poursuites.
Ce sont des enjeux importants pour Adama Barrow, qui est arrivé au pouvoir en 2016 après une élection présidentielle surprise.

