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Lakmé
Lakmé (1883), de Léo Delibes (1836-1891), fut l’un des ouvrages les plus joués de la scène lyrique française, en France ainsi qu’à l’étranger, et son rôle-titre est l’un des plus importants du répertoire des sopranos coloratures : les Françaises Mado Robin, Lily Pons, Mady Mesplé et Natalie Dessay, avant Sabine Devieilhe aujourd’hui, ont tour à tour incarné la jeune Hindoue.
Succession à Carmen
Contrairement à Carmen (1875), de Georges Bizet (1838-1875), créé également à l’Opéra-Comique, à Paris, Lakmé fut un succès immédiat : l’œuvre sera donnée quelque 1 500 fois dans la salle Favart, avant de disparaître de son affiche après 1972. A tel point que, en 1995, son retour sur la scène qui avait accueilli sa création fera figure de résurrection.
Le livret de Lakmé
Le livret d’Edmond Gondinet et de Philippe Gille devait moins choquer la morale du temps que celui de Carmen : Lakmé, jeune Indienne qui s’est compromise dans un amour impur pour un officier de l’armée coloniale dont elle comprend que ce dernier va, in fine, se départir, se sacrifie par le suicide, dans une belle incarnation du titre de l’essai majeur de la philosophe Catherine Clément, L’Opéra ou la défaite des femmes (Grasset, 1979).
Nouvelles résonances
Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, Lakmé a progressivement été considéré comme suranné ; à l’aune des tensions communautaires et religieuses d’aujourd’hui, la pièce pourrait trouver de nouvelles résonances. Le metteur en scène Laurent Pelly, dans cette production de l’opéra de Delibes, filmée en 2022 à l’Opéra-Comique, s’est bien gardé de tirer le livret vers nos maux contemporains – même si les dialogues parlés ont été retouchés.
Esthétique et captation
Cette partition orientalisante – une veine majeure dans la musique du XIXe siècle, parallèle à celle que connaît la peinture – appelle la couleur et les chamarrures. Mais, chez Pelly, on est très loin du Lakmé or : couleurs allant du crème au terre de Sienne, corps poudrés, décors stylisés, etc. Cette esthétique entre James Ivory et le théâtre buto japonais s’en tient à une semi-abstraction bon chic bon genre et passe-partout. Au point que, lorsque la fille du brahmane est annoncée chargée de fleurs, elle n’a rien dans les mains…
Seule faille de cette captation, qui est celle d’à peu près toutes les captations : ce qui est destiné à être vu de loin prend un tour parfois indésirable en plan rapproché. Le maquillage de Stéphane Degout (excellent Nilakantha, le père-la-pudeur de Lakmé qui appelle au meurtre du militaire anglais qui a séduit sa fille) paraît caricatural. Quant à la perruque blonde de Sabine Devieilhe, selon l’angle de la prise de vues, elle ressemble parfois à la coiffure de Boris Johnson…
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