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L’Orchestre Médiatique de Vincent Bolloré
La Télévision
Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, l’orchestre médiatique de Vincent Bolloré joue la partition de l’extrême droite sans la moindre demi-mesure. A la télévision, le ténor de sa chaîne CNews, Pascal Praud, chante les louanges du Rassemblement National (RN) et de ses alliés, tout en frappant vigoureusement l’alliance de la gauche et les macronistes. On observe également cette même tendance dans le Journal du dimanche, dont le milliardaire catholique a pris le contrôle, avec le journaliste Geoffroy Lejeune, venu de l’hebdomadaire réactionnaire Valeurs actuelles.
Les Ondes Radio
Sur les ondes, on retrouve la voix de Cyril Hanouna, la rock star de C8 (autre chaîne de Bolloré), débarquée en urgence à Europe 1 (station appartenant au groupe Lagardère, détenu majoritairement par Vivendi, conglomérat contrôlé par… Vincent Bolloré). Il s’emploie à inviter toute l’extrême droite française et à caricaturer la gauche de manière outrancière. Cette situation a valu à Europe 1 une mise en demeure de l’Arcom, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel, le 27 juin, pour non-respect des obligations de mesure et d’honnêteté.
La Presse Écrite
A Paris Match ou sur Canal+, les pressions sont également présentes. Le milliardaire breton possède une galaxie très étendue de médias qu’il utilise pour plier la ligne éditoriale à ses vues.
Le Pouvoir et les Médias
Les Autres Empires Médiatiques
Vincent Bolloré n’est pas le seul patron à avoir construit un empire médiatique. Bernard Arnault, Daniel Kretinsky, Xavier Niel, plus récemment Rodolphe Saadé, et les familles Bouygues et Dassault, sont également des figures majeures du paysage médiatique privé français. Chacun de ces magnats possède une part significative des médias, contrôlant ainsi une importante part de l’information diffusée en France. Cependant, Vincent Bolloré se distingue par son interventionnisme marqué et le cœur de son activité centré sur le secteur culturo-médiatique via le groupe Vivendi.
La Concentration des Médias
Face à cette concentration médiatique et à l’ingérence des propriétaires, le programme du Nouveau Front populaire promet de restreindre strictement cette concentration dans le secteur culturel et médiatique et de défendre l’indépendance des rédactions. En revanche, ni Ensemble pour la République ni le Rassemblement National ne mentionnent ce sujet dans leurs programmes. Depuis la loi Léotard de 1986, quelques dispositifs existent pour limiter ce phénomène, mais ces seuils sont souvent jugés inadaptés face à l’évolution du marché.
Une Législation à Adapter
Les Limites Actuelles
La loi Léotard de 1986 établit des seuils de concentration que les éditeurs de télévision et de radio doivent respecter. Toutefois, ces seuils sont souvent trop élevés et ne sont pas adaptés au marché médiatique actuel, surtout à l’ère de l’Internet. Les règles ont ainsi permis d’éviter certains rapprochements, comme celui entre TF1 et M6, mais restent limitées dans leur impact sur la concentration des médias.
Des Propositions de Réforme
Pour contrer cette situation, des experts comme Julia Cagé et Benoît Huet proposent des solutions pour restructurer et renforcer la gouvernance des médias à tous les niveaux, garantissant ainsi l’indépendance des rédactions. Ils suggèrent également de transformer l’Arcom pour renforcer son indépendance et élargir ses compétences afin d’imposer des seuils de concentration plus stricts.
Un Environnement Médiatique à Réinventer
Vers une Gouvernance Démocratique
La proposition de Julia Cagé et Benoît Huet inclut la mise en place d’un organe de gouvernance paritaire et démocratique dans les médias. Cet organe, composé au moins à moitié de salariés, élirait le directeur ou la directrice de la rédaction et disposerait d’un droit d’agrément pour éviter toute cessation de titre sans son accord.
Les Enjeux Économiques
Malgré ces propositions, la question de la soutenabilité économique des médias reste cruciale. Beaucoup de médias, y compris CNews, ne sont pas rentables et dépendent de financements externes. Sans évolution des modes de financement et des modèles économiques, il est difficile d’éviter les prises de contrôle par de grands industriels.
Une Première Étape
En somme, la réforme de la gouvernance et des règles de concentration des médias ne serait qu’une première étape. Pour assurer un débat public sain et une information de qualité, il est nécessaire de repenser et reconstruire le modèle économique des médias. Cela demanderait un effort collectif et une volonté politique forte pour véritablement changer les conditions actuelles.

