Sommaire :
Une toute dernière fois en sa présence
Les notes de piano de la « Fileuse » de Mendelssohn ruissellent joyeusement. Générique. « Le masque », dit Jérôme Garcin… « Et la plume ! », complète Rebecca Manzoni, qui arrive en janvier à la barre de l’émission de critique littéraire, théâtrale et cinéma.
Le public se lève, près de 1 000 personnes dans un studio 104 bondé. Dix minutes de standing ovation. Le pudique Jérôme Garcin, grand sourire ému, multiplie les marques de gratitude. « Merci, merci ! », répète-t-il.
Ainsi s’achève, ce vendredi 22 décembre, l’enregistrement d’une émission spéciale d’une heure et demie, un moment pas comme les autres pour Radio France : la dernière séance de Jérôme Garcin comme chef d’orchestre de la troupe enthousiaste, érudite, tranchante des critiques du « Masque ».
Une soirée élégante et émouvante, qui sera diffusée le dimanche 31 sur France Inter.
« 1 900 épisodes »
Elle commence à 20 heures, d’emblée par des applaudissements nourris, qui ne vont cesser de scander cet au revoir. En préambule, Jérôme Garcin rappelle sa fierté d’avoir animé « l’une des doyennes des émissions radio, créée en 1955, si française que les étrangers nous l’envient ».
Depuis trente-cinq ans, « 1 900 épisodes », « elle se confond avec ma vie ». Il cite à propos du Masque le mot de Cocteau au sujet de Radiguet : « J’ai tout de suite vu qu’il était prêté et qu’il faudrait le rendre. »
Le Masque lui fut prêté en 1989. Il succédait à Pierre Bouteiller, à 33 ans seulement. Jérôme Garcin se souvient de sa première intervention, « tremblant ». L’extrait est diffusé : le débutant ne montre rien de son appréhension, manifeste même un soupçon d’insolence quand il vante auprès de vénérables confrères un jeune écrivain nommé Emmanuel Carrère, et à travers lui la montée en puissance de « sa génération ».
« J’ai attrapé pour toujours le virus du dimanche soir »
Plusieurs archives ponctuent la soirée. Quelques échanges homériques. Par exemple sur la comédie musicale « Hair », en juin 1969. Jérôme Garcin avait 12 ans, c’est la première fois qu’il écoutait le Masque. « J’ai attrapé pour toujours le virus du dimanche soir. »
L’émission reste, malgré ce format spécial, connectée à l’actualité culturelle. Les équipes de critiques se succèdent pour parler de cette rentrée de janvier au cinéma, au théâtre, en littérature. Quasiment tous sont là, 20 sur 22. Frédéric Beigbeder est absent ; Jérôme Garcin le cite parmi tous ceux qu’il remercie.
Il salue aussi « la voix la plus ensorcelante de France Inter », Rebecca Manzoni, qui conclut l’émission en tandem avec lui. Elle conduira à partir du 7 janvier « Le Masque » avec une bande en partie remaniée – Éric Neuhoff, Frédéric Beigbeder, Camille Nevers, Éva Bettan n’y seront plus.

Rebecca Manzoni et Jérôme Garcin à la fin de l’émission.
Édouard Brane
Olivia de Lamberterie, critique littéraire, est venue avec « Un certain regard », un livre d’entretiens avec Françoise Sagan. Un manifeste pour l’optimisme. « Elle disait qu’à chaque fois qu’elle regardait une fiction sur Jeanne d’Arc, elle ne pouvait s’empêcher d’espérer que ça finisse bien. C’est une leçon, face au tragique de l’existence, de classe et de bonne humeur. Ça pourrait ressembler à Jérôme Garcin. »
Cette émission spéciale sera diffusée dimanche 31 décembre à 10 heures et à 20 heures sur France Inter.

