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Chaos en Haïti : témoignage d’un journaliste réfugié en France
« C’est vraiment le chaos » à Haïti, explique le journaliste réfugié en France Rodly Saintiné. La puissance des gangs a plongé ce pays de 11 millions d’habitants, qui est déjà le plus pauvre des Amériques, dans l’anarchie. De sa voix douce, Rodly Saintiné, 35 ans, rapporte des événements terribles avec des mots simples.
La situation en Haïti
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La montée de la violence
« Le pays commence à basculer dans ce chaos en 2018 où il y a eu des mouvements de protestation, et aussi des manifestations violentes et la violence des gangs. Pour 2024, c’est 1 193 morts en moins de deux mois selon les chiffres de l’ONU », rappelle-t-il. « Sans oublier qu’il y a environ 5 millions de personnes en situation de faim en Haïti, c’est vraiment catastrophique ». Le Premier ministre haïtien Ariel Henry, dont les gangs et une partie de la population réclamaient la démission, a annoncé lundi 11 mars quitter le pouvoir, alors que le pays est en proie à une profonde crise sécuritaire et politique.
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Le témoignage d’un journaliste réfugié
Écoutez notre entretien complet avec Rodly Saintiné dans l’émission C’est à savoir du Mur des Podcasts :
Journaliste depuis 2016 à Cité Soleil, un arrondissement de la capitale Port-au-Prince, Rodly Saintiné y a vécu la montée de la violence. Mais « être journaliste fait de vous une cible » des gangs. Il a alors tenté de continuer sa mission d’information en transmettant les nouvelles venues de Cité Soleil à d’autres journalistes haïtiens ou étrangers. Mais les gangs font rapidement les recoupements et tentent de le kidnapper. Il réussit à s’enfuir et tente de faire croire à son décès. « J’ai mis en scène ma propre mort. Pendant trois semaines, ma mère croyait que je l’étais et il y a même eu une peinture dans mon quartier avec la mention ‘Repose en paix’ à mon intention ».
Il réussit à fuir le pays via la République dominicaine voisine. Pour rejoindre la France, il passe par le Mexique où il est arrêté, la police pensant qu’il allait rejoindre le flot des migrants vers les États-Unis. Après avoir failli être renvoyé à Haïti, il réussit finalement à rejoindre Paris où il devient un réfugié.
Il est aujourd’hui à la Maison des Journalistes située à Paris. « Pour nous, c’est vraiment un refuge. Le fait d’être à la Maison des journalistes, c’est pour nous aussi une façon de rester dans le métier »
, confie-t-il. Aujourd’hui, il est présentateur sur AlterRadio, correspondant culturel pour RFI, et tente de faire un lien entre la France et l’école de journalisme qu’il avait créé à Paris.

