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L’obsession de Fabrice Arfi
L’obsession de Fabrice Arfi apparaît de façon codée sur son compte Twitter. Sa photo de profil ? La pochette d’un album de New Order, Power, Corruption & Lies. Une manière d’afficher poétiquement son cheval de bataille : la lutte contre la corruption.
Les activités journalistiques de Fabrice Arfi
En mars 2008, il rejoint le service « enquêtes » du site d’information en ligne Mediapart. Journaliste d’investigation, il a été, avec son confrère Fabrice Lhomme, à l’origine de nombreuses révélations sur l’affaire Woerth-Bettencourt ou sur l’affaire de Karachi. On lui doit plusieurs ouvrages :
- Le sens des affaires- Voyage au bout de la corruption (Calmann-Lévy, octobre 2014)
- L’affaire Cahuzac : en bloc et en détail (Don Quichotte, 2013)
- Le contrat : Karachi, l’affaire que Sarkozy voudrait oublier, avec Fabrice Lhomme (Stock, mai 2010)
- L’affaire Bettencourt : un scandale d’Etat, également avec Fabrice Lhomme (Don Quichotte, novembre 2010)
Le métier de journaliste selon Fabrice Arfi
Il est l’auteur du livre D’Argent et de Sang, paru en 2018, qui a été adapté en série par Xavier Giannoli, et dont la deuxième partie sera diffusée ce mois-ci sur Canal Plus. L’occasion pour Arnaud Laporte de découvrir si le métier de journaliste relève pour Fabrice Arfi de la vocation et de nous immerger dans sa conception de l’enquête.
Dès ses premières expériences, une bataille pour l’indépendance de la presse
En 2005, un homme d’affaires lyonnais propose à Fabrice Arfi – alors à peine âgé de 24 ans – de monter un hebdomadaire. Il devient rédacteur en chef adjoint de La Tribune de Lyon, mais le projet est loin d’être vertueux, puisque l’homme d’affaires en question (Fernand Galula) avait lancé le journal dans le cadre de la prochaine élection municipale pour être un soutien de Gérard Collomb, le futur ministre de l’Intérieur.
Fabrice Arfi raconte : « Il y a une phrase qu’on attribue à Jean Cocteau qui pourrait tout à fait être transposable à l’indépendance dans le journalisme : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». C’est-à-dire qu’il y a toujours un lot d’incantations pour assurer « bien sûr, mon journal est indépendant ». Mais en fait, il n’y a qu’à l’épreuve du réel qu’on vérifie ce genre de choses. »
Et concernant son expérience à La Tribune de Lyon, il déclare : « Et cet homme d’affaires, qui était le propriétaire du journal, m’avait dit : « J’ai de l’argent, vous avez des idées. Faites-moi un journal. » Il m’avait juré ses grands dieux que le journal serait indépendant. Et quand un jour à la rédaction, après la censure d’un article, il a affirmé qu’il ne fallait pas « scier la branche sur laquelle on est assis », en parlant de la municipalité de Lyon, dont le maire qui voulait rester maire était Gérard Collomb, j’ai compris que tous ses vœux étaient des sornettes. »
Le lancement de Médiapart : Fabrice Arfi « le jeune chien fou »
Fabrice Arfi rejoint Mediapart (pour lequel il écrit encore) quelques mois avant même son lancement, en 2008. Il raconte sa rencontre avec Edwy Plenel, un journaliste politique français qui deviendra le fondateur et le rédacteur en chef du journal : « Il se trouve qu’après avoir été licencié de La Tribune de Lyon, j’avais très envie d’échanger avec un journaliste dont j’avais adoré un ouvrage : La part d’ombre (Stock, 1992), il s’agissait d’Edwy Plenel. Il se trouve qu’à ce moment-là, il quittait Le Monde. Donc je n’avais pas grand-chose à lui demander, et lui n’avait absolument pas de travail à me proposer. C’était vraiment pour discuter, c’était un coup de fil assez banal, voire anodin. »
Et son arrivée au journal : « Lorsque Edwy Plenel a annoncé la création de Mediapart, en s’appuyant notamment sur des fonds qui étaient ceux de l’indépendance et de l’enquête, ça m’a parlé, j’ai tout de suite candidaté. Je me suis retrouvé à être le jeune journaliste, qui débarque de Lyon et arrive à Paris au milieu d’une rédaction très expérimentée. Les journalistes venaient de journaux comme Le Monde, Libération, Télérama, France Culture… De grands titres comme ça, qui pour un jeune journaliste lyonnais, paraissent très éloignés et prestigieux ! Je rejoins alors un tout petit service enquête où j’avais pour mission d’être une sorte de jeune chien fou dans cette rédaction expérimentée. »
« D’argent et de sang », un roman sans fiction
Dans un livre paru aux éditions Points en 2018, Fabrice Arfi dresse le portrait haut en couleur des protagonistes de la plus grande arnaque réalisée en France. Une enquête qui se lit comme un roman policier.
« D’argent et de sang signe un avant et un après dans ma façon d’appréhender l’écriture. Auparavant, j’avais déjà publié plusieurs ouvrages qu’on appelle des documents, des essais, des livres d’enquête… Ce que je voulais montrer avant tout, c’était que j’avais raison dans mon travail. Et donc les personnages n’étaient pas vraiment des personnages. Ils étaient les véhicules de faits pour montrer que deux et deux font quatre. C’est factuel. » – Fabrice Arfi
Sons diffusés pendant l’émission :
- Le choix musical de l’invité : “Blackbird” – Brad Mehldau. Album : The Art of the Trio, Vol. 1. 1997.
- Edwy Plenel sur sa conception du journalisme, à l’occasion de la création de Médiapart en 2008.
- Géraldine Muhlmann à propos de La Crise de la culture de Hannah Arendt, dans « Les Matins de France Culture » en 2023.
Le Son du Jour : “Religion for one” de Fat White Family
En 2013, Fat White Family sortait son premier album au titre approprié en ce jour de l’An : “Champagne Holocaust”. Deux autres albums ont suivi, mais on était sans nouvelle des dandys nihilistes anglais depuis quatre ans, si ce n’est dans des projets annexes de certains de ses membres. C’est au cœur du mois de décembre qu’ils ont sortis un single, accompagné d’un clip en noir et blanc tourné à Paris, qui souligne, s’il en était besoin, les références artistiques du groupe. C’est notre son du jour : “Religion for one”.

