Sommaire :
Introduction
Entrée dans le monde du travail, premier appartement, négociations avec un opérateur téléphonique… Sur le réseau social, les utilisateurs, majoritairement âgés de 18 à 24 ans, apprennent comment régler des contentieux du quotidien grâce à de courtes vidéos divertissantes.
L’influenceur Masdak et le terme « masdakiser »
« Va falloir le masdakiser, guette ça ! » Le verbe « masdakiser » n’est certes pas encore entré dans le dictionnaire, mais peut-être avez-vous déjà entendu cette phrase dans la bouche d’un de vos jeunes collègues ou proches ? Devenue une référence incontournable pour toute une génération sur TikTok, l’expression provient du pseudonyme de l’influenceur Masdak.
Sur la plateforme, il publie plusieurs fois par semaine de courtes vidéos, des saynètes dans lesquelles son personnage réclame son dû face à un patron, un propriétaire ou une administration. Avec des centaines de milliers, voire des millions de vues, ses vidéos ont popularisé le terme « masdakiser », qui pourrait se définir comme « obtenir de quelqu’un qu’il respecte mes droits ».
Combler des lacunes et guider
« Il y a de grosses lacunes en droit chez les gens, qui ne savent pas comment faire des recherches pour avoir accès à leurs droits », estime auprès de franceinfo l’influenceur star aux 2,8 millions d’abonnés sur TikTok pour expliquer son succès.
L’influenceur encourage « chacun à vérifier si [ses vidéos] s’appliquent à son cas, à faire des recherches et à contacter un avocat si nécessaire ». Ce qu’il dit dans ses vidéos « n’est pas forcément faux, mais ça manque parfois de précisions », estime Bérénice Bauduin, enseignante et chercheuse spécialisée en droit social à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Dans les commentaires des vidéos de l’influenceur, ses abonnés font parfois part de leur déception de n’avoir pas pu faire valoir leurs droits comme présenté dans la vidéo. Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT en charge de la jeunesse, conseille aux jeunes de se tourner vers un syndicat pour ne pas prendre des risques seuls face à leur patron. « Connaître ses droits, c’est une chose, les faire appliquer en est une autre », prévient-elle.
Les avocats investissent TikTok
Voyant la demande croissante pour du contenu en droit sur TikTok, plusieurs comptes reprenant le format popularisé par Masdak ont fleuri ces derniers mois sur la plateforme. Certains sont même tenus par des avocats en exercice. « TikTok est devenu le moteur de recherche de la nouvelle génération. Si les jeunes se posent une question en droit, ils vont chercher sur TikTok, alors c’est là qu’il faut être », explique MaitreBem, avocat avec plus de 700 000 abonnés.
Inès Demmou, une autre avocate, a même choisi de se consacrer à plein temps à la plateforme. Sa chaîne, Inesetledroit, compte plus de 200 000 abonnés sur TikTok et autant sur Instagram. Elle estime qu’il y a un réel intérêt, voire un besoin, pour un contenu d’éducation au droit sur TikTok.
« C’est difficile de connaître ses droits. Il y a plein de sites qui existent, mais se renseigner demande de penser à aller sur ces sites, de savoir qu’ils existent », constate Inès. Sur TikTok, elle amène le droit aux gens sans qu’ils n’aient à chercher, dans un rôle de relais entre le droit et les jeunes générations. Le premier syndicat de France, la CFDT, est également présent sur TikTok avec un format intitulé « La minute de vos droits ».
Pour Lydie Nicol, secrétaire nationale confédérale en charge des politiques jeunesse à la CFDT, l’enjeu est de proposer aux jeunes un cadre d’action collective plutôt que de la réclamation individuelle.

