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La série La Fièvre et les réseaux sociaux
La série La Fièvre, diffusée sur Canal Plus, met en scène la mécanique des réseaux sociaux et l’influence des idées d’extrême droite.
Les limites formelles de la série
Cette chronique n’a pas pour objectif de concurrencer le Regard culturel de mon amie Lucile, qui a déjà très bien cerné les limites formelles de la série, comme l’incroyable absence du champ politique dans la narration.
Les réseaux sociaux représentés dans la série
L’idée est plutôt ici de jeter un œil sur la manière dont les réseaux sociaux sont représentés et d’en analyser le réalisme. Pour rappel, l’étincelle de cette histoire repose sur les images d’une altercation entre un joueur de football noir et son entraineur blanc. Pendant une remise de prix, le joueur se lève, le frappe et le traite de « sale toubab ». Une scène qui révèle les fractures identitaires de notre société française, s’agit-il d’un acte de racisme anti blanc ou d’un geste de dénonciation d’une discrimination systémique ?
Le rôle de CNews dans les débats
Les images deviennent virales, les débats sur les chaines infos s’enchainent pour leur offrir une caisse de résonance. Enfin, pas sur toutes les chaines infos, mais principalement sur CNews, comme l’exige la synergie de groupe, car je vous rappelle que celle-ci est produite par Canal. Il est d’ailleurs intéressant de voir le cameo cynique de Cyril Hanouna qui accueille sur le plateau de son émission « Touche pas à mon poste » le personnage clef de Marie Kinsky, l’influenceuse d’extrême droite.
Réalisme de la séquence
On peut saluer ici le réalisme de la séquence. Cyril Hanouna n’ayant aucun problème moral à offrir au quotidien un écho national à une parole radicale. Et apparemment aucun problème à endosser ce rôle dans la série.
Les employés d’une agence de communication
Pour éteindre l’incendie, des employés d’une agence de communication sont chargés de trouver les bonnes stratégies pour éviter une « guerre civile ».
Le personnage de Marie Kinsky
Alors pour entrer plus en détail dans les contours du personnage, Marie Kinsky est une femme qui mixe les différentes générations d’influenceurs d’extrême droite. En utilisant les nouvelles technologies de communication, elle reste fidèle à l’histoire politique du parti. Dès les années 90, des personnalités comme Bruno Mégret ont compris l’importance d’investir Internet pour propager des idées alternatives et une pensée anti-système incarnée par les médias traditionnels, lesquels rechignent à l’époque à les inviter sur leurs plateaux.
Au-delà des canaux numériques, Marie Kinsky se produit également dans un espace physique, une scène de théâtre, cela peut nous rappeler une autre génération avec Dieudonné qui s’est longtemps servi de son théâtre de la Main d’Or comme rampe de lancement d’idées extrêmes.
Ressemblance avec Thaïs d’Escufon
Enfin, le personnage de Marie Kinsky a des airs de Thaïs d’Escufon, une jeune influenceuse antiféministe, soutien d’Eric Zemmour à la dernière élection présidentielle. Tout d’abord des airs physiques, elles sont toutes les deux, blondes aux cheveux longs à l’apparence angélique et sur le fond Thaïs représente le renouveau conservateur avec une approche masculiniste et anti-féministe. Dans le sillon du mouvement américain des Tradwife, des femmes dont la place serait à la maison pour repeupler la France et éviter le grand remplacement.
Le réalisme de la série
Pour conclure, La Fièvre amplifie quelque peu l’importance des réseaux sociaux comme si la société vivait en vase clos entre TikTok et X, mais elle rend bien compte des mutations de la fachosphère et de la convergence des récits identitaires.
- Pour en savoir davantage sur l’influence des réseaux d’extrême droite, rendez-vous ce vendredi dans Le Meilleur des mondes à 21h sur France Culture.

