Sommaire :
Le livre est donc construit autour de l’enquête de ce journaliste
C’est le narrateur principal du roman écrit pour l’essentiel à la première personne du singulier. Il s’appelle Léopold Verbist, sa carrière est déjà longue, il a pas mal bourlingué, est passé par la pub avant de revenir au journalisme, précisément aux faits divers et à la chronique judiciaire. Il a ainsi tout un réseau de relations et même d’amis chez les flics. À ce moment de sa carrière il travaille pour une toute petite agence de presse fondée par un confrère. Une agence qui a bien du mal à vendre ses papiers sur un marché de la presse écrite en difficulté.
Bref, c’est un peu la lose, les héros sont passablement fatigués, et c’est un des charmes de ce roman entre chien et loup, tout en nuances de gris, gravement mélancolique, mais aussi extrêmement percutant. Car la langue de Léopold Verbist est d’une belle vivacité, son humour grinçant et ravageur, bien accordé au désastre social et politique qu’il décrit, au cynisme de l’époque qu’il met en scène. Il y a parfois un peu de relâchement dans le rythme de l’intrigue, au diapason du dilettantisme du héros. Mais elle repart de plus belle et la fin est d’une noirceur éclatante.
Le journaliste s’entête à suivre en solo une piste que les autres délaissent
Léopold ne cesse de croiser la route d’un chanoine dominicain, le père Dillens, secrétaire de l’évêque de Bruxelles récemment nommé. Et leader spirituel d’un groupe de militants cathos ultra-conservateurs. Au cours de son enquête, Léopold se rend à Florence à la rencontre d’un autre dominicain, qui connaît bien le chanoine Dillens et qui lui rappelle que la Belgique est restée longtemps un pays viscéralement catholique, cogéré par l’Église. Certains, lui dit-il, gardent la nostalgie de cette époque et voudraient rendre à l’Église son pouvoir perdu…
Extrait :
« De tout temps, certains croyants ont pensé que leur foi devait s’imposer à tous et gouverner la cité. Oubliez que nous sommes à Florence. J’aurais pu vous citer les évangélistes américains born again. Ou les néoconservateurs US. Là-bas, la croisade chrétienne d’obédience protestante et fondamentaliste entend convertir tout le pays et lutter contre la sécularisation croissante des valeurs, restaurer une nation fondée sur la religion, mettre un terme à la décadence des mœurs, généraliser la peine de mort, interdire l’avortement… Ce combat est ouvertement politique, Trump y compte ses plus fervents partisans. »
Le journaliste se rend à Florence, mais le roman se passe essentiellement à Bruxelles…
La capitale belge est peut-être le personnage le plus intéressant de ce roman. Léopold, qui y a grandi dans les années 1960, la regarde avec une certaine nostalgie, infidèle à elle-même, mondialisée, investie par les institutions européennes. Le roman la saisit dans la foulée de l’attentat et des émeutes qui s’ensuivent. Bruxelles en guerre, livrée aux casseurs et aux blindés. Bruxelles dévastée, crépusculaire, explosée par les inégalités, le luxe de certaines rues, la pauvreté des quartiers-ghettos, les souffrances, les tensions et les haines de toutes sortes, sociales, politiques, religieuses, linguistiques. Ce livre est une fiction, évidemment. Mais aussi une forme d’avertissement.

