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Les visages de l’évangélisme sur les réseaux sociaux
De nos jours, l’évangélisme se manifeste à travers différents visages présents sur les réseaux sociaux. Parmi eux, on retrouve des musulmans convertis, des influenceurs « lifestyle », de jeunes entrepreneurs et d’anciens professeurs d’anglais. Bien que la plupart ne se revendiquent pas d’une dénomination particulière, il est à noter que les figures les plus connues appartiennent à la mouvance charismatique, qui met l’accent sur la relation des chrétiens à l’Esprit Saint.
Ces dernières années, des jeunes évangéliques ont également connu un certain succès en ligne, à l’instar des créateurs de contenu catholiques. En effet, 17 des créateurs de contenu chrétiens les plus populaires ont été invités à un gala organisé par le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) en décembre dernier.
De l’islam au christianisme : le parcours atypique de Laura
Laura, âgée de 28 ans, est l’une de ces influenceuses évangéliques. Originellement musulmane, elle s’est convertie à l’évangélisme il y a dix ans. Elle raconte avec amusement que, suite à sa conversion, les habitants de Vénissieux la surnommaient « la maman pasteure ». Sur les réseaux sociaux, elle met en avant son parcours singulier, de l’islam au christianisme.
Une diversité de contenus
Les influenceurs évangéliques tentent tous de transmettre la parole de Dieu, mais ils le font à travers des codes très différents. Certains se consacrent exclusivement à du contenu religieux, tandis que d’autres, comme Léana, influenceuse « lifestyle », évoquent également la mode et le maquillage. Cette dernière explique d’ailleurs avoir ressenti la conviction de se lancer sur les réseaux sociaux afin de servir Dieu de manière plus intense.
La difficulté de toucher un large public
Pour ces influenceurs évangéliques, l’objectif ultime est de toucher les non-croyants. Clinton, un jeune entrepreneur de 20 ans comptant 130 000 abonnés sur YouTube, utilise des titres accrocheurs pour ses vidéos, telles que « Trois expériences qui ont bouleversé ma vie » ou « Le surnaturel existe ». Johanna, une ancienne professeure d’anglais devenue pasteure avec 400 000 abonnés sur Tik Tok, propose quant à elle une approche plus académique de l’évangile en décryptant des passages de la Bible de manière pédagogique.
Toutefois, partager la parole de Dieu sur les réseaux sociaux n’est pas sans risque. Clinton reconnaît que la tentation de céder aux logiques d’audience et de sensationnalisme est grande. Il plaisante en disant que parler de sorcellerie peut générer 100 000 vues, tandis que dire que Jésus t’aime n’en génère que cinq. Il est donc important de rester fidèle à l’Évangile malgré ces défis.
Les critiques et les questions de légitimité
Johanna témoigne que les influenceurs évangéliques doivent également faire face à des messages haineux. Suite à des commentaires moqueurs sur sa foi, elle a créé le hashtag #RespectMyFaith, partagé plus de 11 millions de fois. On peut se demander si ces jeunes influenceurs évangéliques sont légitimes pour prêcher, surtout s’ils ne disposent pas d’une formation théologique. Le journaliste David Métreau soulève la question de leur autorité à recommander certaines pratiques.
Une diversité bienvenue
Romain Choisnet, directeur de communication du CNEF, considère que cette diversité n’est pas une source d’inquiétude. Il rappelle que l’évangélisme repose sur le principe du « sola scriptura », selon lequel la Bible est une autorité en elle-même, indépendante d’une institution qui ferait l’interprétation. Il se fie donc à chaque individu pour lire la Bible, la comprendre et la retranscrire avec l’aide du Saint-Esprit.
Il est intéressant de noter que selon une enquête de l’Insee parue en mars 2023, l’évangélisme connaît une progression spectaculaire en France. Les dénominations chrétiennes autres que le catholicisme représentent désormais 9% de la population française, contre seulement 2,5% il y a dix ans.

