Sommaire :
Situation à Kaboul
Préoccupations des journalistes
Dans le centre-ville de Kaboul, Karim réfléchi profondément au pied d’un parc verdoyant. Son costume sophistiqué contraste avec l’environnement naturel. Alors qu’il prépare son mariage, ses préoccupations se portent davantage sur la difficulté de faire un reportage en Afghanistan sans provoquer les autorités talibanes, maîtres du pays depuis août 2021. Karim exprime ses frustrations face à l’entrave à sa profession : il est impossible d’accéder à toutes les informations nécessaires pour mener de véritables investigations.
Conditions difficiles pour les journalistes
Travaillant dans un média national depuis sept ans, Karim observe une détérioration notable des conditions de travail journalistiques. Il raconte avoir été arrêté à plusieurs reprises par les talibans et détenu par leurs services de renseignement. Cet environnement hostile rend le travail de journaliste extrêmement délicat.
Autocensure et Promesses Non Tenues
Les promesses des talibans d’assurer la liberté des journalistes s’avèrent sans fondement. En août 2021, les talibans avaient affirmé à Reporters sans frontières qu’il n’y aurait aucune menace envers les journalistes, promesse qui semble dérisoire aujourd’hui. Le pays a glissé dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF, chutant de la 118e à la 178e place entre 2022 et 2024.
Selon Muhabat, journaliste indépendant, le phénomène d’autocensure est devenu courant. De nombreux sujets sensibles sont désormais inabordables, comme l’a illustré lors des bombardements du Pakistan en 2024, lorsque des instructions ont explicitement interdit de couvrir certaines manifestations.
Influence et Contrôle des Médias
Restrictions des Talibans
Sharif Amiry, de la chaîne indépendante Amu Television, souligne les défis pour les médias sous le régime taliban. Les restrictions s’étendent à divers sujets critiques tels que les droits des femmes et la dissidence politique. En septembre 2024, de nouvelles directives ont encore renforcé ce contrôle, limitant davantage la liberté éditoriale.
Conditions imposées aux journalistes
En plus des restrictions sur les sujets, les journalistes doivent se conformer à un discours imposé, tel que se référer à Haibatullah Akhundzada par un titre honorifique. Les professionnels ne respectant pas ces règles s’exposent à de graves répercussions.
Défi des Femmes Journalistes
Shughla, journaliste et femme, affronte des obstacles supplémentaires en Afghanistan. Les femmes travaillant dans le journalisme font face à une forte opposition sociétale et familiale. Rares sont les familles qui laissent leurs filles exercer cette profession perçue comme dangereuse.
Le choix de sujets pour Shughla reste limité, n’autorisant que des thèmes non-politiques et quotidiens. Elle constate également le refus des femmes de s’exprimer par crainte de représailles ou faute d’autorisation maritale.
Érosion de la liberté de la presse
La répression sévère et croissante a conduit à une réduction dramatique des médias ouverts à la critique. Le Centre des journalistes afghans a enregistré une hausse significative d’incidents menaçant la presse en 2025 par rapport à l’année précédente.
De nombreux journalistes, comme Lucky Hashimi qui a vu son entreprise de production détruite, ont perdu leurs moyens de subsistance et leur passion dans un domaine où la liberté d’expression a disparu.
La menace continue sur le journalisme libre menace aussi la démocratie en Afghanistan, symbole d’une voix réduite au silence et d’un peuple privé de son droit à l’information indépendante. Malgré ces restrictions, l’ambition de Karim pour son dernier reportage reste intacte, alors qu’il doit composer avec la perte de son emploi après une réduction d’effectifs.
* Les prénoms ont été modifiés

