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Sur le banc des accusés, le journalisme
Comme toutes les institutions, les médias d’information voient leur légitimité questionnée, le journalisme tel qu’on l’a connu sourcé, vérifié, nuancé a-t-il encore un avenir dans ce big bang de l’information partout et par tous ?
Une question déontologique
Peut-on être journaliste sans carte de presse, sans socle méthodologique commun, sans régulation ?
Une question philosophique
Le journalisme impartial est-il un mythe ou un idéal ? Est-il temps de sortir de l’ambiguïté ?
Une question économique
La recherche du buzz, du clic favorise-t-elle les propos les plus provocateurs et extrêmes, eux-mêmes poussés par les algorithmes des plateformes ?
Une question technologique
Avec l’intelligence artificielle qui permet de générer des contenus, textes ou images, l’avenir de l’information sera-t-il uniquement entre les mains de ceux qui apprivoisent le mieux ces nouveaux outils ? Comme la crise climatique, si on ne se préoccupe pas de toutes ces questions, c’est aux générations futures qu’on laisse un problème majeur.
Pour en débattre, Radio France et France Inter s’associent à Usbek & Rica et proposent un Tribunal pour les Générations Futures inédit. Un vrai-faux procès où le verdict sera prononcé dans l’intérêt des générations à venir.
Un monde sans journalistes, est-ce concevable ?
57 % des Français estiment qu’il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité, ¼ des 18-34 ans s’informent via des influenceurs, 42 % des moins de 35 ans se disent ouverts à l’idée de lire des articles rédigés par une IA. Mais 75 % des Français suivent aussi l’actualité avec grand intérêt, 48 % considèrent que l’existence des médias audiovisuels publics est une bonne chose pour la pluralité d’opinions et la diversité du paysage médiatique. Le public fait davantage confiance aux médias qu’aux autres sources d’info et se passionne pour l’actualité.
À la barre, le témoin Christophe Deloire répond qu’il y a toujours une vitalité très forte du journalisme, avec des créations de médias avec différentes sortes de journalismes. Selon lui, si le journalisme souffre face aux GAFAM, de là à dire que le journalisme va mourir, il n’en croit pas un mot. Il souligne l’importance de clarifier les manières de travailler des médias pour favoriser la fiabilité de l’information.
À la question, est-ce que l’information n’a pas une fonction sociale qui doit impérativement perdurer ? Christophe Deloire répond que d’après les sondages, 84 % des Français considèrent que le journalisme est un métier utile. Selon lui, l’absence de journalistes créerait un monde où l’on serait comme dans la caverne de Platon, sans savoir à qui accorder sa confiance face aux manipulations et à l’intelligence artificielle. Il est convaincu que les idéaux du journalisme survivront toujours car il sera toujours nécessaire de vérifier l’information.
Les réseaux sociaux menacent-ils le journalisme ?
À la barre, la journaliste Paloma Moritz témoigne de son expérience en répondant à cette question. Elle affirme que l’information sur les réseaux sociaux n’est pas nécessairement vérifiée, sourcée, mise en contexte ou décryptée. Selon elle, chaque média doit se distinguer en proposant une prise de hauteur sur l’actualité et en donnant des clés pour comprendre la complexité du monde. Elle souligne l’importance de l’éthique journalistique qui vise à vérifier systématiquement les faits.
L’intelligence artificielle menace-t-elle le journalisme ?
À la barre, la spécialiste des questions d’intelligence artificielle et d’éthique, Laurence de Villers, exprime son opinion sur cette interrogation. Elle reconnaît le risque que nous soyons entourés d’informations produites par des machines, mais souligne l’importance de diversifier ses sources d’information, confronter des voix et des opinions pour ne pas se laisser guider par l’IA dénuée d’émotions et d’objectivité. Elle estime que le rôle du journaliste est central pour opérer la distinction du vrai et du faux, et que l’IA peut seulement accompagner et assister, sans jamais décider à la place de l’individu.

