Sommaire :
1. Comment écoute-t-on la musique en France ?
Bonne nouvelle, on écoute de plus en plus de musique : dix-huit heures d’écoute hebdo moyenne, soit une heure dix de plus que l’an dernier. Mais comment l’écoute-t-on ? Pour l’ensemble de la population française, le moyen de diffusion n° 1 reste la radio, où l’on écoute – ou entend – quatre heures dix de musique par semaine. Mais le streaming la talonne, avec trois heures cinquante-cinq hebdomadaires. Chez les jeunes de 16 à 24 ans, il arrive même largement en tête avec cinq heures cinquante d’écoute par semaine. Logique : plus de la moitié des abonnés aux plateformes a moins de 34 ans.
2. Le streaming rame-t-il ?
Avec 150 000 nouveautés publiées chaque jour, le catalogue d’œuvres accessibles en streaming est vertigineux (entre 180 et 200 millions de titres disponibles). Mais dans cet océan, peu surnagent : moins de 1 % du catalogue mondial a fait l’objet d’au moins 1 500 écoutes.
L’an dernier, 121 milliards de streams (pour 10 millions de titres différents) ont été recensés en France. Le streaming par abonnement représente désormais 57 % des revenus globaux. En progression trop lente, selon le Snep : en Angleterre, où un quart des internautes a souscrit un abonnement streaming, il génère deux fois plus de recettes qu’en France. Chez nous, le faible taux de pénétration (16 %, soit 12 millions de comptes) est d’autant plus paradoxal que c’est en France que le système a été inventé et développé.
Une part marginale (9 % du marché) est occupée par le streaming – prétendument – gratuit. La présence de publicités entre les musiques qui confirme l’adage : « Si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit. »
3. Est-ce que TikTok bouscule vraiment le jeu ?
S’il n’atteint pas le seuil de 10 % des revenus du marché global, le streaming en vidéo progresse. Notamment avec l’essor du réseau social chinois TikTok, auquel un jeune Français sur deux se connecte quotidiennement. Et où pratiquement chaque publication est accompagnée de musique.
Le hic, c’est que les revenus ne suivent pas : 38 % des titres diffusés sur TikTok sont des versions modifiées – la plupart du temps sans l’accord des musiciens originaux – par les internautes. Et les ayants droit ne voient pas la couleur de l’argent que génèrent leurs œuvres sur le réseau chinois. Au grand dam des producteurs.
De plus, TikTok détourne l’attention des 16-24 ans, dont un tiers passe désormais plus de temps sur TikTok que sur les plateformes de musique en ligne.
4. Le physique toujours là ?
Ils ne représentent plus qu’un quart du marché global, mais les disques physiques tiennent bon. Le vinyle confirme son retour en grâce (+5,5 %, avec 5,5 millions de disques noirs vendus en 2023). Le CD, que beaucoup croyaient enterré pour de bon, est en recul de 7 %, mais on en vend toujours deux fois plus que de vinyles. Du fait de l’écart de prix entre ces deux supports, leurs chiffres d’affaires respectifs se rejoignent dans un mouchoir de poche.
5. Au fait, on écoute quoi ?
Le classement des albums les plus vendus ou écoutés en 2023 confirme ce que l’on savait déjà : les musiques dites urbaines (rap, hip-hop et R’n’B) s’imposent en tête, talonnées par les variétés françaises. Les trois quarts des albums classés dans son top 200 sont des productions françaises.
À deux exceptions près (Les Enfoirés et Florent Pagny), les 15 premières places sont toutes occupées par des artistes de rap et assimilés. Dans l’ordre : Werenoi, Hamza, Ninho, Tiakola, SDM, Jul (deux fois, avec des projets différents), Djadja & Dinaz, Gazo, Lomepal, Orelsan, Aya Nakamura et Zola.
Cinq artistes ont décroché un disque de platine (100 000 équivalents ventes) dès leur premier album (Leto, Luv Resval, Lynda, S.Pri Noir et Werenoi). Huit autres novices ont décroché l’or (équivalant à 50 000 ventes), parmi lesquels Adé, Maëlle, Pierre de Maere, Squeezie et Zaho de Sagazan.

