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L’influence de Vivendi sur les médias de Prisma
L’analyse des publications de plusieurs sites du groupe Prisma, racheté par Bolloré en 2021, ainsi que plusieurs témoignages internes collectés par « Complément d’enquête », montrent à quel point le sujet est devenu sensible au sein de ces médias.
La sanction record de l’Arcom
Le 9 février 2023, la chaîne C8 a été condamnée à une amende de 3,5 millions d’euros par l’Arcom (ex-CSA), suite à l’altercation entre le député insoumis Louis Boyard et Cyril Hanouna. Cette altercation avait eu lieu le 10 novembre sur le plateau de « Touche pas à mon poste ». Les critiques du député envers Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal+, avaient été suivies d’insultes de la part de Cyril Hanouna envers le député.
La sanction de l’Arcom a fait le tour de la presse, mais plusieurs médias détenus par Prisma ont choisi de ne pas en parler. Les sites tels que Télé-Loisirs, Télé 2 semaines, Voici, Gala et Femme Actuelle ont préféré traiter d’autres sujets ce jour-là et les jours suivants.
Cette discrétion soulève des questions sur l’influence de Vivendi, et donc de Vincent Bolloré, sur ces médias depuis leur rachat en mai 2021.
Moins d’articles sur les sanctions de l’Arcom
Une analyse des articles publiés sur les sites de Prisma montre qu’il y a eu une diminution significative du nombre d’articles évoquant les sanctions de l’Arcom à l’encontre de C8 depuis le rachat par Vivendi.
Entre janvier 2016 et mai 2021, on compte en moyenne 11,7 articles par mois traitant de l’Arcom et de Cyril Hanouna (ou de son émission) sur les six médias analysés. Depuis juin 2021, ce nombre a chuté à un peu plus d’un article par mois, soit plus de 11 fois moins qu’avant.
Des exceptions
Malgré cette diminution, certains médias de Prisma ont tout de même traité des sanctions de l’Arcom à l’encontre de C8. Par exemple, le magazine Capital, spécialisé dans l’actualité économique, a consacré trois articles à ces sanctions depuis mai 2021.
Cependant, ces exceptions restent rares et la plupart des lecteurs des sites de Prisma n’ont pas été informés des sanctions de l’Arcom.
Les pressions sur les journalistes
Plusieurs témoignages de salariés de Prisma confirment que publier du contenu négatif sur Cyril Hanouna est désormais mal vu. Certains anciens salariés évoquent même une autocensure.
Yannick Bolloré, fils de Vincent, aurait annoncé aux salariés du groupe Prisma après le rachat par Vivendi qu’ils faisaient désormais partie de « la famille » Vivendi, et qu’ils ne devaient pas porter préjudice aux autres membres de la famille, dont Cyril Hanouna.
Des anciens salariés contactés par « Complément d’enquête » ont également confirmé l’existence d’une autocensure au sein des rédactions de Prisma. Certains témoignent que les sujets sur Hanouna sont systématiquement refusés, même les photos du présentateur sont évitées.
Une importante vague de départs
Depuis le rachat par Vivendi, 183 journalistes de Prisma ont quitté le groupe grâce à la clause de cession. Ces départs représentent 45% des effectifs. Le groupe Prisma précise toutefois qu’il n’y a pas eu de consignes particulières de Vivendi concernant le traitement de Cyril Hanouna.
Cependant, les rédactions se vident et les journalistes qui sont restés ont parfois peur de parler ou sont des jeunes en contrats précaires.
Méthodologie de l’analyse des articles
Pour cette analyse, les milliers d’articles concernant Cyril Hanouna et ses émissions ont été indexés à partir des pages de référencement de ces sites. Les médias spécialisés dans la télévision et les peoples ont été privilégiés. Un total de 13 300 articles ont été recensés.
En ce qui concerne les sanctions de l’Arcom à l’encontre de C8, elles ont été recensées manuellement à partir du Journal officiel ou du site du gendarme de l’audiovisuel.

