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Pitchfork : de lycéen à institution musicale
Les débuts prometteurs
En février 1996 à Minneapolis, Ryan Schreiber, un jeune lycéen américain fan de rock indé et de rap, découvre la puissance d’internet. Sur l’ordinateur familial, il lance son webzine Pitchfork, dont le nom est une référence au tatouage de Tony Montana qui a une fourche dessinée sur la main entre le pouce et l’index. D’un webzine de lycéens, Pitchfork est devenu une institution dans la presse musicale, employant une cinquantaine de salariés, ayant des freelances partout dans le monde et organisant des festivals à Londres, Chicago ou encore Paris jusqu’à ce que le groupe de presse Condé Nast (Vogue, The New Yorker, Vanity Fair, GQ) le rachète en 2015.
Une fusion préjudiciable
Un rachat qui vire à la catastrophe pour Pitchfork. En janvier 2024, il a été décidé par Condé Nast que le média muscial fusionnerait avec le magazine masculin GQ, supprimant au passage ¾ des salariés même si pour l’heure, le site est toujours présent dans sa forme initiale. Pitchfork est le symbole le plus récent de l’hécatombe dans les médias écrits. BuzzFeed est mort, Vice est dans un état végétatif et dernièrement, Sports Illustrated a annoncé un plan de licenciements très conséquent. En 2023 aux États-Unis, près de 3000 journalistes ont perdu leur travail tandis qu’un tiers des titres de presse ont disparu depuis le début des années 2000. Comme l’explique très bien un article du New Yorker, la forme écrite de la presse en ligne doit se préparer à disparaître.
L’échec du modèle économique
Les défis économiques constants
Comment en est-on arrivé là ? Il serait faux de tout mettre sur le dos de l’IA. La mort de la presse écrite on en parle depuis au moins 30 ans. Le principal problème, c’est que la presse écrite n’a jamais trouvé de modèle économique sur Internet. Depuis les années 2000, il y a une course à l’adaptation permanente à cause des algorithmes. Au départ, le modèle était, plus les gens cliquent, plus on a de visiteurs uniques, plus on vend de la pub. Pour y parvenir, on embauche des personnes pour optimiser les titres et les sujets. Problème, sur Internet la concurrence est démultipliée, les annonceurs investissent un peu partout et paient donc moins la presse.
Les conséquences des changements d’algorithmes
Par ailleurs, les changements d’algorithmes notamment de la part de Facebook ont fait particulièrement mal à la presse écrite en ligne et l’overdose d’informations et de contenus n’a rien arrangé. Pour s’en sortir financièrement, les médias ont plusieurs solutions, soit produire du contenu de faible qualité à pas cher, soit tout miser sur une application dans laquelle on retrouve des articles, mais aussi des jeux, des podcasts comme le fait le New-York Times qui compte plus de 10 millions d’abonnés. Autre option, refuser totalement les règles d’Internet comme le groupe So Press ou l’abcdr du son qui est un peu le Pitchfork français et qui a toujours refusé de devenir autre chose qu’un site de passionnés.

