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Pour les faits : un plaidoyer pour la notion de fait
Dans Pour les faits, Géraldine Muhlmann, journaliste et philosophe, explore la notion de fait dans un contexte où il est devenu une réalité divisée. Elle souligne l’importance des faits dans notre vie intellectuelle, en particulier à une époque où nous sommes confrontés aux fake news. Muhlmann, qui est également professeure à l’Université Paris-Panthéon-Assas et productrice de l’émission « Avec philosophie » sur France Culture, exprime ainsi la nécessité d’un plaidoyer en faveur des faits.
Les faits sont sensibles
Muhlmann affirme que les faits sont sensibles avant d’être objectifs. Elle souligne l’importance d’une figure, celle du journaliste, qui partage le sensible avec précision et évite les jugements et les émotions personnelles. Selon elle, il est essentiel de partager le sensible pour maintenir une confiance relative dans le partage des faits, et éviter ainsi que chacun ne s’enferme dans son propre monde, rendant le monde commun incertain et abstrait.
Le défi du commun face aux publics morcelés
Muhlmann explique que la question du commun devient cruciale dans un contexte où les publics sont de plus en plus morcelés et préfèrent les conversations aux faits rapportés par les observateurs. Elle évoque l’importance de la presse d’information, inventée par les Américains au XIXe siècle, qui cherchait à rompre avec les publics d’opinion restreints. Cette presse mettait l’accent sur les histoires et les récits plutôt que sur les discours, et formait ses reporters à raconter de manière impartiale pour toucher un large public. Aujourd’hui, avec de nombreux publics et des conversations plus axées sur le discours que sur le récit, les faits sont moins soignés.
La curiosité en péril
Muhlmann souligne que la curiosité, héritée des Lumières, est la grande vertu du reporter. Elle exprime cependant son inquiétude face à l’omniprésence des opinions, qui entravent le regard et la curiosité. Selon elle, il est essentiel de retrouver confiance dans les témoignages humains pour raconter des histoires basées sur les faits, et ce malgré les avancées de l’intelligence artificielle qui rendent les images et les vidéos de plus en plus trompeuses.
La crise de confiance et le besoin de récits longs
Muhlmann constate que la confiance est ébranlée avec la prolifération des fake news, et que la presse traverse une crise profonde. Elle souligne l’appétit du public pour les podcasts et les séries télé, formats qui permettent des récits longs. Elle affirme que la curiosité existe toujours et témoigne de notre besoin d’histoires, mais le journalisme est affecté par une suspicion constante. Elle explique que cette crise reflète un rapport perturbé au monde et à la fiction.
Le désaveu des idéaux du journalisme et l’anti-intellectualisme
Muhlmann s’inquiète du désaveu des idéaux du journalisme et de la haine croissante envers les journalistes. Elle souligne que cette hostilité remet en question l’idée même de recherche de la vérité factuelle et d’impartialité. Elle constate également l’amalgame entre les journalistes et l’élite intellectuelle, ce qui contribue à discréditer la presse et à renforcer l’anti-intellectualisme ambiant. Muhlmann exprime son souhait de retrouver le lien entre la presse et le public, et de rétablir la confiance dans les faits et les témoignages humains.
Source : Géraldine Muhlmann | Pour les faits | Les Belles Lettres | 158 pp., 9,90 €, numérique 7 €

