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La confrontation des temporalités entre justice et presse
La justice et la presse ont en commun l’aspiration à la manifestation de la vérité. Cependant, leurs légitimités respectives entrent en conflit en raison de deux temporalités différentes : le temps judiciaire, caractérisé par les différentes étapes d’une procédure contradictoire et le délai parfois très long avant l’annonce d’un jugement, et le temps médiatique, qui se cristallise en une fraction de seconde à travers des annonces sensationnelles diffusées sur les médias.
La justice médiatique
Le « vu à la télé » représente un jugement moral sans appel qui se répand rapidement grâce à la viralité des réseaux sociaux. Dans cette sorte de tribunal virtuel, il n’y a pas de juge indépendant pour décider du droit et aucun avocat pour défendre les droits des accusés. La foule numérique établit ses propres normes et impose sa version de la vérité du moment.
Exiger que la loi soit respectée
En conséquence, une peine immédiate est souvent réclamée, comme la demande d’annulation des films ou le retrait de distinctions pour « punir » les coupables médiatiques. À Sciences Po, des affiches réclament des démissions. Cependant, ces situations entraînent souvent la déviation des objectifs des plaignantes, dont la démarche initiale n’était pas de chercher la lumière médiatique.
Il est important d’affirmer qu’il est absurde de vouloir opposer la lutte contre les violences faites aux femmes et les principes fondamentaux de la justice pénale. Combattre l’omerta, qui a permis à des comportements outrageants et violents de prospérer pendant des décennies, n’est en rien incompatible avec le respect des règles d’un procès équitable. Au contraire, en protégeant les garanties de l’État de droit, on renforce l’autorité des décisions prononcées.
Exiger le respect de la loi
La première mesure à prendre est donc d’exiger que la loi soit respectée. Toute personne tenue au secret de l’enquête est en principe passible de sanctions sévères en cas de violation. Selon l’article 434-7-2 du code pénal, le fait pour une personne ayant connaissance d’informations issues d’une enquête ou d’une instruction en cours de les révéler sciemment à des tiers est un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.
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