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Indépendance de la presse et pluralisme : quels enjeux pour la démocratie ?
Voici le thème venu clôturer la journée de débats et d’échanges, autour des médias de demain. Ce mercredi 22 novembre, franceinfo, Les Échos et Le Parisien organisaient la sixième édition du festival international des médias de demain, Médias en seine, avec pour thème central l’ère des disruptions dans les médias.
Une journée dense en conférences et masterclass, qui s’est tenue au siège du groupe Les Échos et à la Maison de la radio, et s’est achevée sur une table ronde autour de l’indépendance de la presse et du pluralisme, avec la participation de Rima Abdul Malak.
Indépendance et pluralisme pour renforcer la confiance
« Le baromètre sur la confiance dans les médias montre qu’il y a une défiance qui s’installe entre les citoyens et les médias, entame la ministre de la Culture. Aujourd’hui, indépendance comme pluralisme sont des enjeux clés pour resserrer ce lien de confiance entre les citoyens et les médias. Si on veut prendre soin de notre démocratie, on doit prendre soin de ce bien commun qu’est l’information. Que les journalistes soient indépendants de leur actionnaire, économiquement et idéologiquement. Qu’il y ait un pluralisme d’opinions plutôt qu’une seule ligne avec que des personnes qui pensent la même chose dans le même média », avance-t-elle.
Des points de vue divergents
Une entrée en matière qui n’a pas manqué de faire réagir le président-directeur général du groupe Les Échos – Le Parisien, Pierre Louette. « Un journal n’a pas à offrir des garanties de pluralité ni de pluralisme », lance-t-il d’emblée, rappelant que « là où il y a un besoin de pluralisme, c’est dans les chaînes de radio et de télévision ». Il s’agit là d’une des missions principales de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM, anciennement CSA). Autorité à laquelle n’est pas soumise la presse écrite. « Un journal a une ligne éditoriale. Je ne suis pas sûr que L’Humanité offre des garanties de pluralité et de pluralisme », ajoute-t-il.
Préserver l’indépendance des médias
Claire Léost, présidente du groupe Prisma Média, filiale du groupe Vivendi, est revenue « sur cette idée de droit d’agrément, c’est-à-dire sur le fait que la rédaction puisse choisir son directeur de la rédaction ». Une proposition de loi relative à l’indépendance des médias, datant de février 2022, indique « qu’il faudra disposer d’un organe de gouvernance paritaire, composé pour moitié de salariés, parmi lesquels au moins deux tiers de journalistes. Cet organe pourra s’opposer, par le biais d’un droit d’agrément, à l’arrivée de tout nouvel actionnaire de contrôle au capital. Ensuite, afin de garantir l’indépendance des rédactions, celles‑ci devront disposer d’un droit de veto sur la nomination, proposée par l’organe de gouvernance paritaire, du directeur de la rédaction. »
À cet égard, Claire Léost rappelle le principe de la clause de cession, introduite en 1935 à l’initiative de Georges Bourdon, l’un des fondateurs du Syndicat national des journalistes (SNJ) après la Première Guerre mondiale. « Je souhaite que le journaliste n’ait pas à choisir entre sa conscience et ses intérêts, mais indépendance ne veut pas dire commandement, disait-il. Un propriétaire et un directeur de journal sont maîtres chez eux et n’ont à répondre que devant leurs lecteurs des doctrines qu’ils préconisent. Libres à ceux qui possèdent un journal de le vendre, de passer d’une doctrine à l’autre. Si les collaborateurs ne croient devoir y donner leur adhésion, la rupture du contrat s’en suit nécessairement ». « Quand certains salariés me disent ‘c’est notre journal’: c’est une propriété symbolique, ajoute le PDG des Échos et du Parisien. Quand on n’est pas d’accord avec une ligne éditoriale, on a tout le loisir de partir, avec beaucoup d’argent d’ailleurs, et aller exercer ses talents ailleurs. »
L’information comme bien commun
Les États généraux de l’information, lancés à l’initiative du président de la République en juillet dernier, ont pour objectif d’établir un diagnostic sur les enjeux liés à l’information. « Un moment de prise de conscience de la nécessité de préserver ce bien commun qu’est l’information » pour la ministre de la Culture. Inexact, une fois encore, pour les intervenants autour de la table. « Il faut garantir l’indépendance de l’information, pas du journaliste, ce n’est pas pareil. Il ne faut pas tout confondre. Aussi, l’information n’est pas un bien commun. Il faut faire attention parce qu’on mélange beaucoup de choses et les textes sont très précis », réagit la présidente de Prisma Média. « L’espace informationnel est un bien commun, pas l’information », acquiesce Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières et délégué général États généraux de l’information.

