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Décryptage Politique par Cyril Hanouna sur Europe 1
Cyril Hanouna anime depuis le lundi 17 juin une nouvelle émission de décryptage politique sur Europe 1. Cette initiative a suscité une mise en garde de l’Arcom et a généré des tensions au sein de la rédaction de la station radio.
Polémique en Interne
« On nous a imposé ce choix super clivant ». L’arrivée de l’émission « On marche sur la tête », animée par Cyril Hanouna en remplacement de Sophie Davant, s’est effectuée sans consultation préalable de cette dernière ni de la rédaction. Depuis le 17 juin, Hanouna, aussi connu pour son émission « Touche pas à mon poste » (TPMP) sur C8, présente une émission quotidienne de 16h à 18h pour commenter la campagne des élections législatives.
Malaise au sein du Comité Social et Économique
Le Comité Social et Économique (CSE) d’Europe 1 n’a pas reçu d’information ou de consultation comme c’est la norme. Une journaliste expérimentée, souhaitant garder l’anonymat, exprime : « On nous a pris en traître. » Elle décrit un malaise grandissant depuis l’arrivée de Cyril Hanouna.
« Le jour de sa prise d’antenne, plusieurs personnes m’ont confié leur envie de quitter la radio. On a l’impression d’une démission silencieuse et globale de la direction. »
Une journaliste d’Europe 1
à franceinfo
Influence de Vincent Bolloré et Vivendi
L’OPA par Vincent Bolloré en novembre a considérablement influencé la politique éditoriale d’Europe 1. Hanouna travaille pour C8 et CNews, chaînes du groupe Canal+ contrôlé par Vivendi. Vivendi a récemment acquis le groupe Lagardère, propriétaire d’Europe 1, ainsi que Le Journal du Dimanche et Paris Match.
L’arrivée de Hanouna a étonné une rédaction en majorité composée de jeunes journalistes conscients du tournant idéologique pris par leur station. Un journaliste, proche de partir, décrit le 17 juin comme un « lundi noir », un jour de deuil pour la chaîne et la profession journalistique.
Des résultats d’audience encourageants pour l’émission de Hanouna contrastent avec une crise existentielle ressentie par une partie de la rédaction. Un journaliste pigiste a d’ailleurs récemment mis fin à sa collaboration, exprimant son désaccord avec la nouvelle ligne éditoriale de la station.
« Continuer de tendre mon micro, comme si de rien n’était, à des interlocuteurs qui ont toujours d’Europe 1 l’image d’un média généraliste m’insupporte, car ce n’est, à mon sens, plus le cas et c’est un manque d’honnêteté vis-à-vis de ces derniers. »
Un journaliste démissionnaire d’Europe 1
dans un mail consulté par franceinfo
Virage Editorial et Réactions
Plusieurs collaborateurs d’Europe 1 ont spontanément déclaré à franceinfo leur envie de quitter la rédaction en raison de l’évolution éditoriale de la chaîne. Depuis septembre dernier, un tournant plus dure s’est opéré, modifiant la nature du contenu et des sujets abordés.
Un journaliste explique : « Les reporters doivent proposer des sujets ‘dans la ligne’. Dans la note du matin, on appelle cela ‘nos marqueurs’. Généralement, on nous demande de couvrir des faits de société liés à l’immigration. » Des sujets tels que des faits divers impliquant des clandestins ou des fichés S sont courants. Politiquement, il est interdit de qualifier le Rassemblement National ou Reconquête de partis d’extrême droite, contrairement à La France Insoumise.
Selon plusieurs sources, ce virage éditorial est à l’origine du malaise persistant au sein de la rédaction. « Que ce soit dans les sujets et les angles choisis« , rapporte un journaliste-reporter, « il y a une vraie insistance sur ‘la ligne’. »
Réaction de l’Arcom et Réunion du CSE
Contactée par franceinfo, la direction d’Europe 1 n’a pas répondu aux questions relatives à la mise en garde récente par l’Arcom. Le 19 juin, le régulateur a rappelé à Europe 1 ses obligations en termes de « pluralisme » et d’« honnêteté » concernant l’actualité électorale. Une journaliste critique l’inaction de l’Arcom en pleine campagne législative.
Lors de la dernière réunion du CSE du 19 juin, en présence du directeur général Donat Vidal-Revel, l’émission de Cyril Hanouna a été discutée. Loin d’être remise en question, la présence de Hanouna est vue comme une « option » pour augmenter les audiences en baisse. Cependant, beaucoup de journalistes et collaborateurs hésitent à quitter la chaîne, en raison de contraintes économiques et du statut particulier d’Europe 1, qui ne leur permet pas de bénéficier de la clause de conscience ou de cession pour faciliter leur départ.

