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Les Sephora kids
Elles sont partout ! Les Sephora kids, ce sont des préadolescentes, âgées de 10 à 14 ans qui auraient investi les rayons de l’enseigne de cosmétiques Sephora pour acheter des sérums à l’acide hyaluronique, des peelings, de l’anticernes ou encore des crèmes anti-rides.
Les « get ready with me »
Ensuite, on les retrouve parfois sur Tiktok en train de dévoiler ce qu’on appelle un « get ready with me ». Alors, un « get ready with me », ça consiste tout simplement à se filmer pendant qu’on se prépare pour sa journée.
Vous je sais pas, mais moi, ce matin, j’ai pris une douche, j’ai changé la litière du chat, et j’ai mangé un yaourt. Voilà sans doute pourquoi je ne serai jamais influenceuse. Égérie « Catsan » à la limite…
Les critiques et les inquiétudes
Justement, les premières à avoir dénoncé cette tendance, étonnamment ce sont les influenceuses elles-mêmes. Puis les vendeuses de ces boutiques ont commencé à se plaindre de l’immaturité de ces jeunes clientes. Le dernier clou dans le cercueil nous vient des dermatologues qui s’alarment des risques sanitaires… Ces crèmes contiennent des actifs surpuissants, comme le Rétinol par exemple qui est un anti-âge irritant à cet âge. Voire dangereux.
Alors, évidemment, on ne peut qu’être inquiets même atterrés de voir des filles de 10/11 ans passer plus de temps dans leur salle de bains que nous tous ici réunis. Mais, s’il y a bien un problème avec les Sephora kids, il est plus vaste qu’il n’y parait et il soulève surtout beaucoup de questions.
Les questions soulevées
On est par exemple beaucoup tombés sur les mères qui tolèreraient voire encourageraient une telle pratique. Elles ont même hérité elles aussi d’un surnom, on les appelle les « serum moms ». Mais, dans cette quête du coupable, il y a comme souvent un grand absent. J’ai bien cherché et aucun des articles qui a poussé des cris d’orfraie n’évoque la responsabilité des pères dans tout ça. Comme si les mères étaient les seules comptables de cette dérive en donnant le mauvais exemple avec leur crème au Q10+ et leurs insécurités.
Vous noterez aussi que quand ce sont des petits garçons qui jouent à être grands en se rasant ou en s’aspergeant de Scorpio, « le plus brûlant des parfums d’homme », on ne trouve pas ça terrifiant, on trouve ça émouvant. Ce sont au fond toujours les filles et les femmes qui sont accusées de se commettre dans une frivolité qui leur serait naturelle.
Le changement de marketing
Dernier point qui me chiffonne. On a la mémoire courte. Puisque nous les femmes, qui avons grandi dans les années 2000 (bon ok dans les années 90), (bon, ok dans les années 80) et bien nous aussi on voulait paraitre plus grandes. Certes, c’était en piochant dans le pot de Nivea maternel ou en se colorant les ongles avec des emballages de Babybel. Mais quand même.
Ce n’est pas tout à fait la même chose, non ? La crème Nivea et la crème au Rétinol ?
Oui, en effet, il y a bien quelque chose qui a changé. C’est le marketing. Et ça ne date pas d’hier. Mais plutôt de 2002, soit l’année où a été théorisé le concept de KGOY. L’acronyme de Kids Getting Older Younger. « Les enfants vieillissent de plus en plus jeunes ».
A ce moment-là, les annonceurs et leurs agences de publicité ont décidé que les 8-12 ans représentaient un segment prometteur. Un marché de niche inexploité. En gros, avant, on vendait des jouets à des petites filles et du maquillage à des adolescentes, mais rien à la tranche d’âge qui se situe entre les deux. C’est donc là qu’on a commencé à leur refourguer du vernis qui part à l’eau et des baumes à lèvres rosés.
20 ans plus tard, TikTok et les influenceurs ont fait le reste. Alors, s’il faut s‘en prendre à quelqu’un ce ne sont pas à ces filles, ni même à leurs parents, mais aux industriels qui ont inventé des produits cosmétiques dans des emballages aux couleurs pop de bonbons Smarties, promesse d’affranchissement de l’enfance.
Sinon, un jour, je vous parlerai d’un autre cible marketing baptisée Artguys « Adults refusing to grow up yet ». « Ces adultes qui refusent de grandir ». Vous savez, ce sont ceux qui font de la trottinette en baskets à scratchs et t-shirt Hello Kitty pour rejoindre leur atelier manga ? J’y reviendrai une autre fois, pour rester dans le sujet « chaque chose en son temps »…

