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Violences et influence politique sur les réseaux sociaux
Quand on parle de violences et d’influence politique massive sur les réseaux sociaux, on pense assez naturellement à Donald Trump et à son appel à marcher sur le Capitole en janvier 2021. Un appel répercuté des milliers de fois sur les réseaux sociaux, avec quelques conseils pratiques. Comment défoncer les portes, éviter la police, etc.
Les conséquences de l’influence politique
« Mais ceux qui ont été arrêtés ont dit, pour la plupart, qu’ils étaient depuis des mois sur les réseaux sociaux », raconte Jérémy Dodeigne, professeur de Sciences politiques à l’UNamur. Il intervenait parmi d’autres orateurs à la tribune du Parlement wallon ce mercredi, lors d’un colloque sur la démocratie et les réseaux sociaux.
Le rôle des réseaux sociaux dans la mobilisation
Cette meute partie à l’assaut du Capitole avait donc passé des mois sur Twitter, Facebook, Telegram ou TikTok, abreuvée par le message des supporters de l’ex-président des États-Unis: l’élection leur avait été volée. La spirale des algorithmes les a confortés dans cette posture, jusqu’à la figer. Ils étaient les vrais patriotes. Il était donc légitime de prendre les armes et de déloger les traîtres du Congrès américain.
Pourtant, en 2008, la capacité de Barack Obama à mobiliser sur les réseaux sociaux « était vue comme un nouveau souffle démocratique, poursuit Jérémy Dodeigne. Et puis, comme souvent, on voit surgir des effets inattendus. Les attaques ad hominem, les outrages et les insultes ».
Le conflit dans la démocratie
Ce n’est pas le conflit qui pose problème. « Le conflit, c’est l’essence de la démocratie qui représente la capacité à résoudre des problèmes collectifs quand on n’est pas d’accord les uns avec les autres », analyse-t-il. Le politologue Jérôme Jamin (ULiège) le rejoint. « Le fait de ne pas être d’accord, de confronter les points de vue, c’est le cœur de la dynamique parlementaire. »
Mais sur les réseaux sociaux, les mêmes ingrédients ne donnent pas forcément la même soupe. « Si vous ne partagez pas le même point de vue, vous allez être progressivement isolé, puis casé, enfermé dans un autre groupe où tout le monde est d’accord, où on diffuse des hyperliens, qui vous renvoient vers d’autres sites, d’autres pages Facebook. » La même analyse qui se recoupe en boucle, un jeu de miroirs qui renvoie sans cesse la même image. « Sur les réseaux sociaux, la répétition vaut la démonstration », souligne Jérôme Jamin.
L’importance du seuil d’intensité
L’émotion et l’agressivité ne sont pas pour autant propres aux plateformes. Ni propres à notre époque. « Il faut se méfier de la myopie politique », sourit Jérémy Dodeigne. La violence dans les échanges politiques existe depuis des décennies. « Mais toutes le formes d’antagonisme, de polarisation affective et d’hostilité ne se valent pas. Il y a une différence entre un débat musclé, où les répliques parfois volent bas mais où on sera capable à la fin de continuer à se croiser – ça se termine d’ailleurs souvent à la buvette – et le moment où on passe un seuil d’intensité dans l’outrage, où l’intolérance prime, note-t-il. On ne se considère plus comme des adversaires politiques qui ont des désaccords sur le fond. L’autre devient un ennemi politique à détruire. C’est quand cette perspective se présente que la démocratie est véritablement en danger. »
Un élément à garder en mémoire dans les prochains mois.

